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Sénégal

Sénégal: les opérations de déminage bientôt relancées en Casamance

Un champ d'arachide en Casamance. De nombreuses terres sont encore minées dans cette région.
© WikimediaCommons/Ajocom

Une réunion sur le sujet s'est tenue mardi 30 octobre à Dakar. Les mines antipersonnel ont été posées par l’armée sénégalaise comme par le Front pour l’indépendance de la Casamance, le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) jusqu’en 1999, date de la signature de la convention anti-mines. Le conflit n’est pas terminé et les bombes ont fait plus d’un millier de victimes. Aujourd’hui, un tiers de la région n’est toujours pas déminé. Un défi pour l'Etat, des attentes pour les populations.

Sarany Diatta a sauté sur une mine antipersonnel en 1998, dans la cour de son école. L'homme dirige aujourd'hui l'association sénégalaise des victimes de mines. Pour lui, les blessés ont besoin d'être mieux pris en charge par l'Etat : « on s’aperçoit en tout cas que 98% de ces personnes victimes de mines sont dans des situations de plus en plus précaires, qui souffrent, en tout cas qui ont des problèmes pour accéder à des soins de qualité, pour accéder même à des soins post-hospitaliers ou des soins continus ou par rapport à l’acquisition même des prothèses qui leur permettraient de vaquer librement à leurs préoccupations. Ça pose énormément de problèmes à ce niveau. »

Parfois c'est toute une commune qui est encore victime des mines. Bakary Bodian est chef d'un village : Darsalam au sud de Ziguinchor. Darsalam dont une zone est abandonnée, un terrain présumé miné : « Il ne faut pas y aller. C’est pourquoi on voudrait que toute cette zone-là soit déminée. Une fois mon jeune frère était parti au champ pour cultiver, quand il a retourné la terre, il a trouvé une mine. Le deuxième jour, il est reparti et il a trouvé une deuxième mine. On a interpellé l’armée pour venir constater. Et c’est l’armée qui a fait exploser ces deux mines-là. Cela nous empêche de travailler la terre, c’est un retard pour les populations. »

Des terrains comme à Darsalam, il en existe des centaines en Casamance. Dans toute la région, il faudrait déminer plus d'un million de kilomètres carrés.

L'insécurité, premier obstacle au déminage

Durant la réunion, l'Etat sénégalais a été critiqué pour son manque d'efficacité par certains acteurs. Mais d’après plusieurs participants, le déminage n’a pas eu lieu car il est impossible dans certaines régions. Les restes du MFDC, les rebelles indépendantistes de Casamance, entravent les opérations.

Le manque de sécurité serait donc la raison de l’arrêt du déminage. C’est l’avis d’Isidor Marcel Sene, conseiller au gouvernement sénégalais, spécialiste du désarmement : « On est dans une période ni de guerre, ni de paix. Pour avoir accès à certaines zones, il faut rétablir la sécurité. Et cela passe par l’implication de tout un chacun. Je pense qu’il y va de l’intérêt de tout le monde, des populations locales car c’est les populations qui en souffrent davantage quoi qu’on dise. »

Les fonds manquent

L’Etat du Sénégal s’est donc engagé : il devra débarrasser les terres de toutes les mines d’ici 2021. Pour atteindre cet objectif, sans cesse repoussé depuis 1999, il faut des moyens et une volonté politique. « Notre objectif, c’est de dépolluer, c’est surtout de remettre à ces populations ces terres pour leur permettre de reprendre une activité économique qui est essentielle pour eux et pour le développement de la Casamance », explique Catherine Gillet, directrice régionale d’Handicap International.

Le dialogue autour du déminage de la Casamance s'est achevé ce mardi à Dakar. Prochaine réunion sur le sujet dans six mois sur le terrain à Ziguinchor. D'ici là les financements du programme se font toujours attendre. L'Union européenne et les Etats-Unis se sont engagés à aider le Sénégal. Relancer le programme nécessite près de quatre milliards de francs CFA. Seuls 200 millions ont été trouvés.

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