Trois questions à Serge Auguste Zaongo, lauréat du RFI Challenge App Afrique

Serge Auguste Zaongo, chercheur burkinabè de 28 ans (g) avec «SAAGA», son système d’irrigation intelligent et connecté.
© © Mahamadi Rouamba/BeoogoLAB

La troisième édition du Prix RFI Challenge App Afrique, pour favoriser l’intégration des nouvelles technologies dans le domaine du développement durable, s’est déroulée à Cotonou, au Bénin, le 13 novembre 2018. Elle a récompensé Serge Auguste Zaongo, chercheur burkinabè de 28 ans, pour son projet « SAAGA », un système d’irrigation intelligent et connecté.

RFI a posé trois questions à Serge Auguste Zaongo, ingénieur de conception orienté électronique et objets connectés, formateur en électronique au Centre de formation professionnelle de référence de Ziniaré-CFPR-Z au Burkina Faso, et en incubation au centre d’entrepreneuriat numérique BeoogoLAB.

RFI : Pouvez-vous nous présenter votre application, qui se nomme « SAAGA» ?

Serge Auguste Zaongo : En langue locale moré, cela signifie « la pluie » ou « SAAGA » comme Système d’arrosage automatique goutte à goutte autonome. Le principe est d’irriguer la quantité d’eau nécessaire en fonction du besoin de la culture. Ce dispositif vient soulager la peine de millions d’agriculteurs en leur permettant trois éléments essentiels : une économie en eau ; une meilleure productivité ; et leur permettre d’effectuer de la culture hors-sol dans les zones les plus arides.

L’application fonctionne avec deux modes : un mode basique et un mode avancé. Le mode basique est orienté principalement pour les agriculteurs les moins instruits. Le dispositif va mesurer, grâce aux capteurs mis au niveau de la culture, le niveau d’humidité, et déclencher automatiquement l’irrigation. L’agriculteur comprend le principe à travers deux voyants : un voyant rouge qui clignote pour lui dire qu’il n’a plus assez d’eau dans sa réserve, et un voyant bleu qui clignote pour lui dire que le système est en train d’irriguer.

Pour le niveau avancé, il y a une interface web qui offre la possibilité d’avoir les relevés sur les niveaux d’humidité, les quantités d’eau consommées par période et par culture. Une notification SMS adressée à l’agriculteur lui donne les états critiques de la culture. Ce système « SAAGA » est alimenté par énergie solaire.

Comment cette idée vous est-elle venue ?

En faisant des recherches, je suis tombé sur la carte mondiale de la faim de la FAO. J’ai été stupéfait. Je me suis rendu compte que 793 millions de personnes n’avaient toujours pas une alimentation suffisante dans le monde, et le Burkina Faso fait partie des pays où l’autosuffisance alimentaire n’est pas atteinte. La sécheresse progresse à hauteur de 516 000 hectares chaque année dans notre pays, et l’inégale répartition de l’eau la rend difficile d’accès.

Au Burkina Faso, on n’exploite que 14% du potentiel des terres irrigables, pourtant c’est 80% de la population active qui est engagée dans l’agriculture. J’ai décidé que le dispositif que je concevrai devrait répondre à trois éléments essentiels : tenir compte de l’aspect environnemental, c’est-à-dire s’adapter en zones humides tout comme en zones arides. Mais aussi tenir compte de l’aspect social et économique, dans le sens où il faudrait que le dispositif s’adapte à l’utilisateur. On a beaucoup de dispositifs d’irrigation, mais les agriculteurs ont du mal à les utiliser, car ils n’ont pas une bonne maîtrise du calendrier d’irrigation. Pour l’aspect économique, nous souhaitons permettre aux agriculteurs d’utiliser le dispositif et de payer après 2 ou 3 saisons de récolte. Ils pourront donc faire des bénéfices après les récoltes avant de rembourser le dispositif par tranches.

Avec ce Prix RFI Challenge App Afrique, vous avez remporté une bourse de 15 000 euros [soit environ 10 000 000 francs CFA]. Quels sont vos objectifs pour l’avenir ?

J’ai reçu le prix avec beaucoup de plaisir. Le dispositif est évalué autour de 300 000 à 500 00 francs CFA. Cette bourse va me permettre de développer et déployer un dispositif d’irrigation dans chacune des 13 régions du Burkina. Lorsque les agriculteurs constateront les bénéfices, nous aurons moins de difficultés à atteindre les autres producteurs agricoles.

La deuxième étape va consister à assister les agriculteurs grâce à un service d’appui agricole à travers les données prélevées dans leurs cultures. Il consistera en un service d’appel automatique qui informera l’agriculteur dans sa langue locale sur les stratégies et attitudes à adopter en fonction des données prélevées.

Et à long terme, nous déploierons le dispositif dans les pays de la sous-région, puis dans toute l’Afrique, car les agriculteurs vivent les mêmes réalités un peu partout.

► (Ré) écouter : Le numérique, un accélérateur du développement durable en Afrique? (C'est pas du vent)

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