Restitution des biens culturels: le rapport Savoy-Sarr, une polémique en vue

Vue sur les poteaux funéraires malgaches dans l’exposition « Madagascar, arts de la Grande Île » au musée du Quai Branly.
© Siegfried Forster / RFI

Du nouveau sur l'épineuse question de la restitution des biens culturels africains détenus par les musées français. Le président français avait annoncé vouloir mettre en œuvre d’ici cinq ans des restitutions temporaires et définitives. Emmanuel Macron avait nommé Bénédicte Savoy et Felwine Sarr avec pour mission de réfléchir au retour de ces œuvres d'art en Afrique. Ils doivent remettre leur rapport vendredi au chef de l'Etat, mais le magazine français Le Point a pu avoir accès aux bonnes feuilles. Un document qui risque de provoquer des remous.

Bénédicte Savoy et Felwine Sarr vont-ils fâcher Emmanuel Macron ? Dans la lettre de mission adressée aux deux rapporteurs, le président évoquait clairement la circulation des œuvres allant jusqu'à de possibles restitutions. Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, affirme Le Point, n'auraient retenu que le terme « restitution pérenne ».

« J'étais méfiant au début, affirme Felwine Sarr. Aujourd'hui, je suis que ce n'est pas un coup de com » d'Emmanuel Macron. Bénédicte Savoy et Felwine Sarr ont concentré leur travail sur le quai Branly, des collections acquises entre 1885 et 1960. « Nous sommes donc indiscutablement dans le fait colonial », déclare à Libération Felwine Sarr.

Le spécialiste de l'Afrique Antoine Glazer n'est pas étonné. « C'est vrai qu'en choisissant Felwine Sarr, pointe-t-il, il allait avoir une sorte d'effet boomerang, du genre : puisqu'on parle de restitutions pourquoi faire des restitutions temporaires. Ça veut dire carrément que l'on rende l'ensemble de ce qui a été pris sur le continent africain en particulier à ceux à qui ça appartient. En intellectualisant cette affaire il se met une épine dans le pied. Encore une fois, est pris qui croyait prendre. »

Pour Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, on restitue quand il y a eu vol, pillage, spoliation, etc. et logiquement il doit y avoir réparation, restauration. De là à parler de bien mal acquis, il n'y a qu'un pas. Certains historiens de l'art soulignent l'étroitesse de la pensée des deux spécialistes, qui volontairement ignorent l'existence d'un marché et donc de marchands africains. Tous les objets dans les musées français ne sont pas des butins de guerre. L'approche des auteurs serait en partie condescendante et ferait fi d'une partie de la réalité historique.

En pointillé, à la lecture du rapport, une question s’impose : que restera-t-il par exemple au musée du quai Branly ? Une idée que d'aucuns jugent un peu loufoque est celle-ci : la confection de doubles dont la charge « auratique » serait assurée par des mécanismes de mise en récit. Sur les 90 000 œuvres africaines actuellement en France, 70 000 sont au quai Branly. Deux tiers des objets pourraient être concernés par une procédure de restitution, si les Etats subsahariens en font la demande. A la pointe de ce combat le Bénin et le Sénégal. Pour satisfaire ces demandes, Paris doit modifier son code du patrimoine.

Une interrogation demeure, que faire des collections privées ? Et un constat, les pouvoirs africains en dehors de Bamako, Dakar, Cotonou ne semblent guère préoccupés par la démarche française. Felwine Sarr et Bénédicte Savoy sont conscients des polémiques à venir, mais souligne que ce débat existe aussi à Berlin, Londres et Bruxelles.

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