AfricaMuseum: en Belgique, le Musée royal de l'Afrique centrale fait peau neuve

Vue du Musée royal d’Afrique centrale, à Tervueren en Belgique.
© Creative Commons CC BY-SA 3.0 EmDee

Rebaptisé AfricaMuseum, le Musée royal de l'Afrique centrale - le plus grand musée du monde consacré à l'Afrique - rouvre ses portes au public dimanche à Tervuren, en banlieue de Bruxelles, dans un ancien palais du roi Leopold II entouré de verdure. Il est inauguré officiellement ce samedi 8 décembre, après cinq ans de travaux destinés à rénover les bâtiments et la façon de raconter l'histoire, marquée par l'époque coloniale.

Trois kilomètres d'archives, 120 000 objets ethnographiques, masques, sculptures, 10 millions d'animaux, et même un éléphant empaillé. C'est la plus grande collection d'ethnographie et d'histoire naturelle sur l'Afrique centrale qui s'est constituée à Tervuren. Un musée créé il y a 120 ans par le roi Léopold II comme un outil de propagande, pour vanter les mérites de la colonisation belge au Congo, Rwanda et Burundi.

Il était grand temps de faire peau neuve, dit aujourd'hui son directeur, Guido Greyseels. « Notre musée avait une exposition permanente qui n’avait plus changé depuis les années 50. On l’appelait le dernier musée colonial au monde. On présentait toujours le regard de la Belgique sur le Congo d’avant l’indépendance. Donc on voulait changer cette image drastiquement. »

Contrepoints nécessaires

Et le défi était de taille dans ce bâtiment classé. Des citations du roi idéalisant le colonialisme y sont gravées dans le marbre. De même que les noms de 1 500 Belges morts au Congo. Rien ne mentionnait en revanche les centaines de milliers de victimes congolaises de la colonisation.

Une installation de Freddy Tsimba essaie aujourd'hui tant bien que mal d'y remédier. Comme lui, une dizaine d'artistes congolais contemporains ont été mis à contribution pour apporter des contrepoints.

L'histoire coloniale est désormais évoquée, dans toute sa violence, photos et documents à l'appui. De même que l'Afrique centrale contemporaine à travers des sections sur les rites, cérémonies, les langues ou la musique.

Les échos du débat sur la restitution d’œuvres en Belgique aussi

Le roi Philippe a renoncé à venir inaugurer officiellement le nouveau musée royal de l'Afrique centrale. Selon le Palais royal, il ne souhaite pas « s'immiscer » dans le vif débat en cours sur la restitution d'œuvres pillées durant la colonisation. Lancé en France l'an dernier par le président Macron, ce débat connaît de fait un vif écho depuis quelques semaines en Belgique.

Le Musée royal de l'Afrique centrale a beau avoir renouvelé son exposition permanente qui datait d'avant les Indépendances, certains continuent de le considérer comme une galerie de trophées à la gloire du colon belge.

À la tête de son association, Bamko Cran, Mireille Tsheusi Robert a porté le débat sur la restitution des œuvres pillées pendant la colonisation jusqu'au parlement francophone de Bruxelles en octobre. « Le musée est une vitrine de la fierté belge. Le Congo, la colonie, a toujours représenté un élément de fierté et de prestige national belge. Et c’est pour ça que c’est si difficile à accepter, ce débat, en Belgique. Nous, on ne veut pas vider les musées belges, ce n’est pas du tout l’objectif. Il y a des pièces qui ont été acquises par des massacres coloniaux. C’est ces pièces-là seulement dont on demande la restitution. »

Guido Gryseels, le directeur du musée, se dit ouvert sur la question. « Nous on est prêt à parler de restitution, certainement en faveur du retour immédiat de tout ce qui est restes humains et de tout ce qui peut être digitalisé. Il faut aussi travailler avec les pays africains sur un programme d’expositions itinérantes, conjointes, prêts à long terme. Et on a déjà des programmes concrets à ce sujet. »

L'AfricaMuseum devrait ainsi numériser l'an prochain toutes les archives du Rwanda pour les rendre à Kigali. Un geste insuffisant pour certains qui réclament la restitution physique d'objets.

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