Kindu, Lubumbashi, Kalemie: en RDC, la campagne de Fayulu émaillée d'incidents

Martin Fayulu, le 5 décembre, à l'aéroport de Beni.
© ALEXIS HUGUET / AFP

Depuis trois jours, les rassemblements de l'opposant Martin Fayulu sont perturbés et au moins cinq personnes ont été tuées.. Ce mercredi matin de nouvelles tensions ont éclaté lors de l'arrivée de Martin Fayulu à Kalemie, dans le sud-est du pays. Il a été accueilli par des milliers de partisans que la police a tenté de disperser.

Après les échauffourées de dimanche à Kindu, le candidat de la coalition Lamuka a été empêché de tenir un meeting mardi à Lubumbashi. Son cortège a été visé et des milliers de ses partisans ont été dispersés violemment.

Ce mercredi 12 décembre, Martin Fayulu a poursuivi sa campagne dans le sud-est et est arrivé à l’aéroport de Kalemie, dans la province du Tanganyika, vers 10h30 locales. Lui et ses partisans étaient sur la route principale qui mène vers le centre-ville où il devait tenir un rassemblement politique quand son cortège a été bloqué par des partisans de la majorité présidentielle, certains portant des tee-shirts du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). On ne connaît pas le nombre exact de ces partisans, on parle de plusieurs dizaines.

Parmi eux se trouvait le vice-gouverneur de la province Ali Omari Simukinje, un pro-Kabila, ainsi que des forces de police. Le ton est monté entre partisans de Fayulu et ceux qui tentaient de les empêcher d’aller en ville. La police a tiré des coups de feu pour disperser la foule et une jeune femme a été tuée. L’opposition évoque trois morts mercredi soir. Et l’ACAJ, l’Association congolaise pour l’accès à la justice parle de quatre morts, dont deux femmes.

« On m'empêche de faire campagne »

Martin Fayulu a réussi à prendre une autre route pour atteindre le stade Benda dans le centre ville où il a tenu son meeting politique pendant une trentaine de minutes. Puis il a fait demi-tour, direction l'aéroport puisqu'il devait se rendre à Kolwezi. Selon l’opposition, son avion n’a pas eu l’autorisation de s’y poser, ni de retourner à Lubumbashi. En fin de journée, il a annoncé sur son compte Twitter être arrivé à Goma, dans le Nord-Kivu. « On nous a déroutés pendant que les Congolais de Lualaba nous attendaient à Kolwezi ».

« Les autorités congolaises ou la "Kabilie" ne veulent pas que je communie avec mon peuple de Kolwezi », a-t-il réagi au micro de RFI. « On m'empêche de faire campagne », s'indigne-t-il. « La loi dit que nous pouvons sur toute l'étendue de la République. Et pendant la période électorale, il n'y a aucune restriction. On ne demande pas et on n'avertit personne pour faire un meeting. On va là où l'on veut et puis l'on fait son meeting. »

Le ticket Tshisekedi-Kamerhe s'exprime sur Lubumbashi

En tournée à Béni ce mercredi, le duo d'opposants formé de Vital Kamerhe et Félix Tshisekedi ont réagi aux événements autour de la campagne de leur rival de Lamuka, notamment au meeting empêché de Lubumbashi. Ils condamnent « de la manière la plus ferme le fait d’empêcher un Congolais quel qu’il soit d’exercer son droit de s’exprimer et de surcroît en cette période de campagne où nous n’avons pas cessé d’appeler à la sécurisation des acteurs politiques et plus particulièrement des candidats présidents. La démocratie implique notamment la liberté de manifester et de s’exprimer ce que le régime actuel dénie aux opposants et c’est inacceptable ! C’est pourquoi nous devons aller aux élections et apporter un changement notable au peuple congolais. C’est ce que fera l’équipe FatshiVit. »

Enfin, la représentante spéciale du secrétaire général de l'ONU en RDC, Leïla Zerrougui, se dit « préoccupée par la succession d’incidents graves qui entravent le bon déroulement de la campagne électorale en République démocratique du Congo. » Elle dénonce dans un communiqué « le fait que certains candidats de l’opposition rencontrent de nombreux obstacles pour tenir des réunions publiques dans certaines villes du pays, comme cela a été constaté ces derniers jours à Kindu et à Lubumbashi et à Kalemie. »

Mme Zerrougui « déplore les pertes en vies humaines et demande aux autorités congolaises de prendre les mesures nécessaires pour éviter de nouveaux incidents. Elle rappelle qu’il incombe à l’Etat d’assurer la sécurisation du processus électoral en faisant preuve de neutralité et de retenue dans l’utilisation de la force et en respectant les principes de nécessité, proportionnalité et légalité. »

Mercredi matin, le chef de la Monusco réagissait sur RFI aux événements de Lubumbashi, rappelant que « le gouvernement a la responsabilité du maintien de l'ordre, de laisser l'espace à ceux qui s'expriment », appelant « la majorité et l'opposition à la sagesse » et gardant espoir d'« aller vers des élections apaisées ».

Partout où il se rend, on signale des incidents et ces incidents sont aussitôt suivis par des légendes, je dirais, des légendes d’infamie contre les forces de sécurité, contre le processus électoral. Et donc, nous savons très bien que monsieur Fayulu... on a l’impression qu’il a été mis sur orbite par des forces obscures pour empêcher la RDC de réaliser le grand objectif d’organiser des élections apaisées le 23 décembre 2018. Et le gouvernement se fait fort de ne pas donner à Fayulu l’occasion de réussir cette mission.

Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, sur violences dans les meetings de Fayulu
12-12-2018 - Par Clémentine Pawlotsky

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