Elections en RDC: l’incertitude à son comble concernant un report

Un homme passe devant le siège de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) le 5 novembre 2017 à Kinshasa.
© JOHN WESSELS / AFP

En RDC, les élections générales auront-elles bien lieu ce dimanche comme prévu ? A trois jours du vote, la menace d'un nouveau report plane sur l'élection. Un responsable de la Commission électorale a annoncé mercredi que le scrutin pourrait être retardé d'une semaine alors qu'en même temps, les autorités de la province de Kinshasa annonçaient, elles, la suspension de la campagne dans la capitale pour des raisons sécuritaires.

Sur cette question du report de l'élection, on en saura vraisemblablement plus cet après-midi. En effet, une conférence de presse de la Céni est prévue pour 15h. En attendant, l’incertitude est à son comble à Kinshasa.

Ces dernières semaines, les autorités congolaises n’ont cessé de répéter que tout serait prêt pour l’élection, le 23 décembre, accusant les observateurs qui exprimaient des doutes sur la capacité de la Commission électorale à rattraper son retard logistique de colporter des rumeurs. Et c’est finalement hier que plusieurs sources, au sein de cette Commission électorale, ont confirmé que l’hypothèse d’un report se précisait, notamment parce que les derniers procès-verbaux vierges, indispensables pour compiler les résultats, n’arriveront dans le pays que samedi prochain, soit la veille du scrutin.

Contacts avec les ambassades occidentales

Prudence tout de même : la Céni n’a fait aucune annonce officielle à ce stade, mais l’on sait que ce mercredi le président de la Commission a pris contact avec plusieurs ambassades occidentales pour tenter d’obtenir un soutien en cas d’annonce de report. Car, dans le contexte congolais, même un report technique de quelques jours n’est pas anodin. Cela fait déjà deux ans que l’élection présidentielle aurait dû se tenir. La méfiance s’est donc installée, d’autant que le calendrier électoral actuel date de novembre 2017. La société civile estime donc que les autorités ont largement eu le temps de se préparer.

Autre incertitude, quelle serait la réaction de la classe politique en cas de report ? L’opposition a toujours dit qu’elle ne l’accepterait pas. Hier encore, dans un communiqué, la coalition Lamuka estimait qu’un report ne serait pas justifiable et que le président de la Commission en serait tenu directement responsable. Corneille Nangaa a donc convoqué les journalistes pour une conférence de presse cet après-midi.

De nombreux retards

Si l'on en croit les différentes présentations du président de la Céni ce jeudi matin, ce serait 3,5 millions de bulletins que la Commission attendrait à Kinshasa samedi par avion pour remplacer ceux qui seraient partis en fumée la semaine dernière avec 8 000 machines. Jusqu'ici, la Commission électorale n'avait pas évoqué de ce problème de bulletins. Les experts électoraux redoutaient plutôt un trop large surplus qui risquerait d'inciter à la fraude. En effet, la Céni avait annoncé avoir mis 660 bulletins par machine à voter et une machine par bureau (conformément aux recommandations de la fondation Westminster, une organisation financée par le gouvernement britannique). Ce qui fait presque dix millions de bulletins en surplus, mais l’institution électorale argumente qu'il faut ramener ces bulletins à Kinshasa et que si l'avion avec ces bulletins arrive samedi, c'est trop tard pour tenir les scrutins dans toutes les circonscriptions de la capitale.

Ca fait des semaines, qu'on évoque de retards dans les commandes comme dans le déploiement du matériel. Effectivement, les PV et fiches de résultats n'ont commencé à arriver dans le pays que dimanche dernier. Le dernier vol d’Afrique du Sud est prévu pour aujourd'hui. C'est 166 tonnes que la Commission se retrouve à déployer à la dernière minute. Mais depuis que les rumeurs de report ont commencé, les langues commencent à se délier, des employés de la Commission électorale envoient des photos de véhicules bloqués dans la boue, de machines chargées sur des pirogues. En refusant l'aide internationale, la Céni s'est privée de dizaines d'aéronefs, avions et hélicoptères dont elle avait toujours eu besoin pour organiser les élections. Or déjà, les machines à voter sont arrivées avec presque deux mois de retard par rapport aux premières prévisions, mais la Commission électorale qui prévoyait de transporter du matériel par les airs a dû changer ses plans pour les acheminer par route.

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