Manifestations au Soudan: les médecins lancent un mouvement de grève

Vue aérienne de Khartoum, Soudan.
© Getty Images/ Robert Caputo

Ce dimanche 23 décembre marquait le cinquième jour de la vague de manifestations contre la hausse des prix du pain qui ont fait au moins huit morts, 22 selon l'opposition, au Soudan. Alors que la population est une fois de plus sortie dans les rues dans certaines villes, certaines professions ont appelé à des mouvements de grève pour la semaine qui commence.

Dans un communiqué, un groupement de médecins soudanais a lancé un appel à la grève à partir de ce 24 décembre, assurant qu’ils n’interviendraient qu’en cas d’urgence. Si les rues de Khartoum, la capitale, sont restées calmes la veille, les manifestations ont continué à Um Rawaba, au sud de Khartoum, ainsi qu’à Atbara, où le siège du parti au pouvoir, le Congrès national, a été incendié plus tôt dans la semaine.

La récente décision du gouvernement d'augmenter le prix du pain de 1 à 3 livres soudanaises (de 2 à 6 centimes d'euros) suscitent depuis le 19 décembre des manifestations. Elles ont entraîné au moins huit morts, 22 selon l'opposition.

Sur des vidéos qui circulent sur le réseau social Twitter, on entend les manifestants scander « Le peuple veut la chute du régime », un slogan utilisé lors des printemps arabes.

Inflation galopante

Face à eux, la présence policière est toujours plus forte. Des témoins font état de lancers de gaz lacrymogène, de policiers aux alentours des bâtiments universitaires dans la capitale et de soldats arpentant les rues de la ville d’Al-Qadarif, dans le sud-est du pays. Le gouvernement a également annoncé l’arrestation d’une cellule de criminels voulant commettre des actes de vandalisme.

Depuis le début du mouvement, plusieurs figures du gouvernement d’Omar el-Béchir ont dénoncé une instrumentalisation du mouvement, que ce soit de la part de l’opposition ou d’agents étrangers. Ce n’est pourtant pas la première fois que la population proteste contre l’inflation galopante et la hausse du prix des denrées alimentaires. Des manifestations similaires avaient déjà eu lieu en janvier dernier, mais elles avaient été rapidement maîtrisées par les autorités.

Faiblesses économiques

Entre 2000 et 2010, la croissance soudanaise dépassait les 7%, l'année dernière, à peine plus de 4 %. Cette année, elle pourrait être inférieure à 1%, selon les économistes français de la Coface, une société d'assurance-crédit.

En cause, la baisse de la consommation, qui représente près de 80% du produit intérieur brut (PIB). Cette baisse est une conséquence directe de la suppression des subventions sur certains produits de base, comme le blé, ou encore sur l'électricité, qui avaient déjà suscité des hausses des prix et des manifestations au début de l'année.

La dévaluation de la livre soudanaise, en janvier et février dernier, a également contribué à pénaliser les ménages. Aujourd'hui, la décision du gouvernement de multiplier par trois le prix du pain, aliment de base, s'ajoute donc à une série d'atteintes au pouvoir d'achat des Soudanais.

Le Soudan manque par ailleurs cruellement de devises et peine à attirer les investisseurs. Il figure parmi les derniers pays du monde en terme de sécurité des affaires, selon un classement de la Banque mondiale. En cause, la gouvernance du régime d'Omar el-Béchir, la résurgence récurrente de tensions avec le Soudan du Sud voisin, ou encore l'insécurité.

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