Grève au Soudan: les protestations se durcissent contre Omar el-Béchir

Des feux allumés par des manifestants à Atbara, dans le nord du pays, le 20 décembre.
© REUTERS/El tayeb Siddig

Une semaine après le début des protestations au Soudan contre la hausse du prix du pain, Amnesty International annonce que 37 personnes ont été tuées par les forces de l'ordre durant les manifestations qui ont touché 12 villes et 10 États au Soudan. Cette contestation est l'une des plus importantes en trois décennies de pouvoir d'Omar el-Béchir. L'opposition soudanaise a rejoint les manifestants mais un important dispositif sécuritaire à empêché les manifestants de progresser vers le palais présidentiel comme ils avaient l'intention de faire ce mardi 25 décembre.

Au Soudan, des forces de sécurité ont dispersé hier mardi des manifestants qui espéraient marcher sur le palais présidentiel. Pour empêcher leur progression, les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène et ouvert le feu.

Selon l’agence Reuters, qui cite plusieurs témoins dont une source médicale, trois personnes ont été blessées par balles. Le mouvement de contestation, qui a commencé il y a une semaine, demande le départ du président el-Béchir, au pouvoir depuis 1989. Selon Amnesty International, 37 manifestants ont été « abattus par les forces de sécurité » depuis le début du mouvement.

Des centaines de manifestants ont essayé de converger vers le point de départ prévu pour cette grande marche du 25 décembre, vers le palais présidentiel. La majorité des protestataires de Khartoum, empêchés par un dispositif important de sécurité, n'ont pas pu atteindre le lieu de rassemblement.

Ils ont été bloqués dans le centre-ville par des policiers et des forces anti-émeutes, qui ont également pris positions sur les toits des immeubles donnant sur les grandes artères de la capitale soudanaise. « Des francs-tireurs », dénoncent les manifestants.

Slogans anti-régime

La foule a scandé des slogans appelant à la démission du colonel el-Béchir, et réclamant la liberté et la démocratie. Les femmes assez présentes dans les protestations ont lancé des youyous, alors que d'autres manifestants appelaient les membres de la police à se joindre à eux. Mais, les forces de l'ordre ont usé du gaz lacrymogène afin de les disperser.

Des activistes ont posté des vidéos montrant des jeunes manifestants blessés à la tête ou à la poitrine. Le bilan de 37 morts recensé par Amnesty international risque de s'alourdir.

Grève générale

La grève a débuté lundi 24 décembre et s'est poursuivie ce mardi pour réclamer le départ d'Omar el-Béchir. Soutenu par l'opposition, un rassemblement de professionnels avait appelé à cette grève dans plusieurs secteurs, dont les médecins, les universitaires et les enseignants. Les manifestants tentent d'organiser une marche en direction du palais présidentiel pour déposer une demande officielle exigeant le départ du président Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 1989.

Les manifestations touchent désormais une dizaine de villes, dont la capitale. A plusieurs endroits des locaux du parti au pouvoir, le NCP (Congrès national), ont été saccagées ou incendiées. Le président el-Béchir était, hier, dans le gouvernorat d'Al-Jazeera, au sud de Khartoum, où son convoi a été conspué par des manifestants, notamment des femmes exigeants son départ. 

Les observateurs s’interrogent sur d’éventuelles dissensions dans les rangs des forces de sécurité, celles-là même qui ont permis au colonel Béchir d’arriver au pouvoir il y a 29 ans. Des unités des Forces de soutien rapide, une milice qui dépend des redoutés services de renseignement, ont été déployées hier à une vingtaine de kilomètres de Khartoum, selon un document interne des Nations unies.

Ce document, obtenu et révélé par un chercheur américain, précise que ces hommes étaient jusqu'à maintenant en poste au Darfour. Tous les regards sont tournés vers le lieutenant général qui chapeaute cette milice, Mohamed Hamdan Doglo, mieux connu sous le nom de Hemeti.

Omar el-Béchir, quant à lui, n'a pas annulé son déplacement dans le gouvernorat d'Al-Gazira, au sud de la capitale, « accompagné de nombreux ministres », a annoncé l'agence officielle Suna. Une exposition qu'il devait visiter a été entièrement brûlé par les protestataires. Dans une allocution télévisée, Omar el-Béchir a alors dénoncé des « traîtres, des agents et des mercenaires qui sabotent les institutions de l'Etat ».

« L'Etat va entreprendre de vraies réformes pour garantir une vie digne aux citoyens », a promis lundi soir M. Béchir, dans une première réaction officielle depuis le début du mouvement.

« La population se soulève car le régime a failli »

Pour Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS et spécialiste du Soudan, beaucoup de Soudanais n'ont plus peur de descendre dans la rue.

« Le pays est à court de ressources. Il a perdu le tiers de son territoire avec l’indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011. Il a aussi perdu la plupart de ses ressources puisque le pétrole, qui nourrissait le budget soudanais, était surtout exploité au Sud. La population voit son sort se dégrader d’une manière insupportable. Et je crois qu’il y a vraiment un soulèvement général de la population contre ce régime qui a failli sur tous les plans. Les caisses sont vides. La monnaie s’est effondrée. Malgré la violence dont a toujours fait preuve ce régime contre toutes les oppositions, cette violence extrême ne tétanise plus la population. La population n’a plus peur parce qu’elle n’a pas d’autre choix que de se révolter. »

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