RD Congo: la «journée ville morte» peu suivie à Kinshasa, un mort à Béni

Les manifestants à Beni porte un jeune blessé par balle à la jambe pour l’emmener à l’hôpital de la ville. Au moins deux personnes ont été blessées par balles ce vendredi.
© DR/Lucha

Après trois reports depuis fin 2016, les Congolais doivent désigner dimanche 30 décembre le successeur du président Joseph Kabila à la tête du plus grand pays d’Afrique sub-saharienne. Mais pas tous les électeurs. Plus d’un million de citoyens ne pourront pas voter, notamment à Beni et Butembo. Les élections générales y ont été reportées au mois de mars. C’est la raison pour laquelle une partie de l’opposition avait appelé à la grève générale jeudi. A Kinshasa, cet appel n’est pas très suivi ce vendredi, mais il l’est dans plusieurs villes de l’est. A Béni, des militaires auraient tiré sur des manifestants faisant deux blessés.

La capitale congolaise s’est réveillée légèrement plus calme que d’habitude. Mais au fil de la matinée, la situation s’est normalisée. Administrations, banques et marchés fonctionnent, la circulation est habituelle pour une période de vacances scolaires.

La plupart des habitants regrettent pourtant que Beni, Butembo et Yumbi soient exclus de la présidentielle et cela les inquiète. Mais beaucoup estiment que protester maintenant, à deux jours du scrutin, c’est risquer de donner un nouveau prétexte de report général de cette élection au pouvoir.

« Nous voulons aller aux élections ce dimanche », répètent des Kinois encore sceptiques sur la tenue de ce scrutin, alors que rien n’est encore prêt dans la plupart des bureaux de vote. Sans oublier qu’à Kinshasa la majorité de la population vit au jour le jour et n’a d’autre choix que de sortir de chez elle pour trouver à manger.

Tensions à Goma et Beni

L’appel à la « journée ville morte » a été en revanche plus suivi dans plusieurs villes de l’est de la RDC. A Bunia, dans l’Ituri, par exemple, les administrations fonctionnaient normalement, mais la circulation a été réduite et le marché fonctionnait timidement.

A Goma, la ville morte s’est transformée en manifestations. La tension était très vive ce vendredi matin. L’armée et la police se sont mobilisées et tentent de disperser les barricades.

A Beni et Butembo également, après une matinée très timide, une centaine de personnes étaient dans la rue, drapeau congolais à la main pour dire leur colère de ne pas pouvoir voter dimanche. A Beni, ils sont partis du stade pour se rendre à la mairie mais les manifestants n'ont pas pu dépasser le grand rond-point de la ville où selon des témoignages concordants, l'armée s'est alors mise à tirer. Une personne aurait été tuée par balles et deux autres blessées.

Les militaires ont tiré alors qu'il n'y avait aucun acte de violence de notre part

Témoignage d'un manifestant à Béni
28-12-2018 - Par Léa-Lisa Westerhoff

Mais malgré la répression, les habitants des deux circonscriptions promettent de continuer à se mobiliser. « Nous n’allons pas quitter la rue tant qu’il n’y a pas une décision pour dire que dimanche nous allons voter », affirme Léon Tsongo, candidat au siège de député provincial joint par RFI.

Même son de cloche du côté des politiques. C'est ainsi que 21 députés nationaux et provinciaux de l'opposition et de la majorité issus de Beni et de Butembo ont choisi de signer un manifeste commun remis à la Céni pour lui demander de revenir sur sa décision d'un report du scrutin.

« Ce n’est pas le problème de l’opposition et de la majorité, c’est le problème des candidats et d’un droit politique dont nous devons tous bénéficier, défend Crispin Bindule, député de l'opposition. Nous tous, nous sommes des Congolais. Lorsqu’on nous prive des élections c’est comme si on nous privait aussi de la nationalité congolaise. »

Soutien de la Cenco

De son côté, l'Eglise catholique a adressé un message de solidarité aux villes de Beni et Butembo, exclues de la présidentielle dimanche. La conférence épiscopale nationale du Congo se dit « surprise » de la décision de la commission électorale de reporter les élections dans ces circonscriptions.

Une décision « politique très grave et lourde de conséquences étant donné qu'elle prive plus d'un million de compatriotes » du droit d'élire leur futur président, explique sur RFI l'abbé Donatien Nshole, porte-parole de la Cenco.

La Cenco demande à la Céni de mesurer les conséquences de sa décision. Et l’idéal serait qu’elle revienne sur cette décision, parce que tout était prêt pour voter.

L'abbé Donatien Nshole, porte-parole de la Cenco
29-12-2018 - Par Léa-Lisa Westerhoff

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