Elections en RDC: le dépouillement se poursuit au milieu des contestations

Des électeurs se bousculent pour faire la queue dans un centre de vote lors de l'élection présidentielle à Kinshasa, en République démocratique du Congo, le 30 décembre 2018.
© REUTERS / Giulia Paravicini

Au lendemain des élections générales marquées par une forte participation et de nombreux dysfonctionnements, l'heure est à la compilation des résultats en République démocratique du Congo (RDC). Les opérations qui ont débuté dès la fermeture des bureaux de vote, la veille au soir, se sont poursuivies ce lundi 31 décembre 2018.

En République démocratique du Congo (RDC), la Conférence épiscopale nationale (Cenco) est revenue ce 31 décembre sur le début des opérations de dépouillement des bulletins. L'Eglise catholique s’appuie pour le moment sur un peu plus de 40 000 rapports transmis jusque 9h ce matin par ses observateurs et provenant d’autant de bureaux de vote.

Elle rapporte qu’à ce stade, dans 85% des cas, les urnes ont été ouvertes en présence des membres du bureau de vote, des témoins et des observateurs. Mais dans ces bureaux, moins de la moitié des procès-verbaux et fiches de résultat ont été signés par les membres du bureau et les témoins présents. Et dans un peu moins de la moitié des cas seulement, ces fiches et procès-verbaux ont été remis aux témoins à la fin des dépouillements.

La Cenco déplore aussi que, par endroits, les fiches de résultats n’aient pas été affichées devant les bureaux de vote, ce qui limite la transparence de l’opération. Elle note aussi que dans environ 500 bureaux, les résultats issus du comptage manuel et celui des machines à voter ne correspondent pas, sans donner plus de précisions.

L’Eglise catholique se plaint également que la Commission électorale (Céni) communique difficilement sur les lieux où se trouvent les 176 centres locaux de compilation des résultats. A Kinshasa, à 9h ce matin, elle n’avait pas pu en localiser un seul. Mais la Cenco se refuse à tirer plus de conclusions pour le moment, car elle attend encore de nombreux rapports. Le dépouillement se poursuit dans le pays. Tôt ce matin, par endroits, dans la capitale congolaise, on votait encore.

Résultats « inattaquables »

Le Front commun pour le Congo (FCC), la coalition du pouvoir sortant qui soutient la candidature d’Emmanuel Ramazani Shadary, donnait également une conférence de presse ce 31 décembre. Le FCC avait indiqué qu'il annoncerait au moins les tendances pour son candidat. Il n'y aura finalement pas de proclamation anticipée des résultats, ce qui serait contraire à la loi, a promis Barnabé Kikaya, le conseiller diplomatique du président Joseph Kabila et l’un des porte-parole du candidat. Mais le Front commun insiste sur l’arsenal qu’il a mis en place pour collecter les résultats, parallèlement à la Commission électorale.

Le FCC dit s’appuyer sur un million de témoins dans tout le pays. Le 30 décembre tard dans la soirée, il avait d’ailleurs convié la presse pour visiter leur cellule de compilation et tenter de démontrer, selon lui, que leurs résultats seraient « inattaquables ». « Notre plate-forme est sereine », a tout de même tenu à déclarer ce matin Barnabé Kikaya, pour qui les difficultés rencontrées lors du vote sont inhérentes à tout processus électoral, mais pas de nature à compromettre ce processus. Il a invité la population congolaise à garder son calme et à attendre les résultats provisoires de la Commission électorale annoncés d’ici au 6 janvier.

La Céni contestée

Dans le reste du pays, les opérations de dépouillement se sont déroulées jusque tard dans la nuit ce 30 décembre, parce que les bureaux de vote ont ouvert en retard et qu'il y a eu beaucoup de discussions et de tensions au moment de leur fermeture. A Kisangani, dans l'est du pays, certains centres avaient fermé, laissant les électeurs en plan dans les files d'attente. Un activiste explique que les témoins et les électeurs ont fait pression pour rouvrir les bureaux comme prévus jusqu'à épuisement des électeurs.

Ce 31 décembre au matin, les résultats étaient par conséquent publiés tardivement. A Mbuji Mayi et Mwene Ditu, à 8h30, les résultats des bureaux n'étaient encore affichés, tout comme dans l'est, à Fizi. L'essentiel de l'affichage des résultats s'est passé au petit matin sauf exception, comme dans le territoire de Walikale, toujours dans l'est, selon le député de l'Union pour la nation congolaise (UNC), Juvenal Munubo. « Les procès-verbaux n’ont pas été signés par les témoins, ils n’ont pas été affichés devant les bureaux de vote, comme le recommande la loi électorale et ils n’ont pas été remis physiquement à nos témoins, explique-t-il. Les centres restent inaccessibles et ils demandent à tous les témoins de rentrer ».

Toutes les formations politiques de l'opposition et les missions d'observation de la société civile dénonçaient ce matin des entraves mais pour Jean-Pierre Kalamba, le rapporteur de la Céni, il n'y a pas de complot, juste quelques brebis galeuses. « Comme si la Céni disait dans telle ville, soyez corrects, à une autre ne soyez pas corrects, déclare-t-il. Non. Les gens qui étaient rassemblés, de l’opposition, ils n’ont pas permis à nos gens et nos observateurs [de travailler]. Ce sont de petits problèmes qui arrivent ».

D'autres problèmes ont été signalés ce matin, comme une décision de la Céni datée du 29 décembre qui qualifie de valables les procès-verbaux imprimés à l'étranger comme ceux imprimés au pays. Or, la Commission électorale n'avait jamais dit qu'elle comptait imprimer des bulletins localement.

Ce serait dû à certains lots endommagés par les intempéries. La Céni aurait fait imprimer localement des procès-verbaux qui seront « un peu différents », mais elle assure en tout cas que ce n'est pas une manoeuvre pour faire accepter les procès-verbaux de la machine à voter. Seuls les procès-verbaux au format papier comptent, assure le rapporteur de la Céni.

Internet coupé

Depuis ce lundi matin, le pays est privé de connexion Internet et il n’y a pas non plus de réseaux sociaux. La mesure a été prise sur instruction du gouvernement, selon les opérateurs de téléphonie qui ignorent la durée de cette coupure. Au moment où les Congolais sont dans l'attente des résultats, cette coupure est perçue comme une mesure liberticide. C'est l'avis d'Israël Mutala, président de l'Association Médias en ligne et également patron du site 7sur7.com, joint par RFI.

« Pour nous, c’est une décision liberticide e anti-constitutionnelle. Cette autorité avance des raisons de sécurité publique. Les autorités elles-mêmes ont dit que les élections se sont passées relativement bien, sans violence. Je ne vois donc pas pourquoi, aujourd’hui, on couperait Internet au motif que les tendances qui remontent sur les réseaux sociaux peuvent conduire à une insurrection ou à un désordre public. Je n’en vois pas, en tout cas, les raisons », dit-il.

« C’est un préjudice pour la démocratie ; c’est un préjudice pour nos entreprises parce que nous sommes presque en chômage technique. Nous sommes en train d’imaginer des solutions palliatives pour continuer à travailler en ligne mais la plupart des consommateurs de l’information en ligne sont Congolais et ne pourront pas contourner cette mesure liberticide », explique le président de l’Association Médias en ligne.

« Par conséquent, alors qu’on a prétendu célébrer la démocratie le 30 décembre, aujourd’hui, on assassine la démocratie en privant des millions et des millions de Congolais de leurs droits à opiner sur les réseaux sociaux, à discuter », conclut Israël Mutala.

Elections en RDC: édition spéciale 19h30-20h00 (heure de Paris)
31-12-2018

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