La Somalie expulse un haut responsable de l'ONU

Nicholas Haysom en février 2016.
© REUTERS/Mohammad Ismail

Le gouvernement somalien expulse Nicholas Haysom, plus haut diplomate de l’ONU sur son sol. Le Sud-Africain occupait depuis septembre le poste de représentant du secrétariat général des Nations unies et de chef de la mission humanitaire en Somalie. Le 30 décembre, il avait écrit une lettre ferme au gouvernement pour demander des explications suite aux violences en marge des élections de mi-décembre dans l'Etat du Sud-Ouest.

Le ministère somalien des Affaires étrangères est très clair : « Nicholas Haysom ne peut plus travailler dans le pays ». Pour Mogadiscio, le plus haut diplomate onusien en Somalie est désormais persona non grata. Le pouvoir explique que le Sud-Africain a « violé les normes diplomatiques internationales en intervenant dans la souveraineté de la Somalie ».

Le communiqué n’en dit pas plus mais difficile de ne pas voir là une vengeance après le courrier envoyé au gouvernement le 30 décembre par Nicholas Haysom. Le diplomate avait pointé du doigt le comportement du pouvoir dans les élections de l’état du Sud-Ouest à la mi-décembre. Il demandait des explications après l’interpellation et l’incarcération de Mukhtar Robow, candidat et ancien shebab. Le représentant de l’ONU avait parlé d’une possible arrestation arbitraire.

Répression des manifestations

Il s’était également inquiété de l’implication des forces gouvernementales dans la répression des manifestations qui avaient éclaté ensuite. Dans sa lettre, Nicholas Haysom pressait le gouvernement somalien de questions pour éclaircir les circonstances de la mort de 17 civils.

En expulsant le diplomate, Mogadiscio choisit de suivre une ligne dure, avec un partenaire onusien pourtant crucial à son fonctionnement et sa sécurité. L’ONU n’a pas encore répondu. Reste à savoir si l’institution choisit l’apaisement ou l’escalade.


► ANALYSE

Les raisons de l'expulsion de Nicholas Haysom

Plusieurs experts estiment que Nicholas Haysom n'a fait que son travail : celui d'appliquer les règles onusiennes en matière des droits de l'homme, en surveillant le travail des forces de sécurité soutenues directement par l'ONU. Mais la politique somalienne s'est invitée dans l'affaire. En effet, le pays dispose d'un système fédéral et depuis plusieurs mois les Etats-fédérés se plaignent du comportement de Mogadiscio, accusé de ne pas partager les ressources et de s'ingérer dans les affaires locales.

Dans l'Etat du Sud-Ouest, le gouvernement central a pesé de tout son poids pour faire élire un candidat conciliant, tout en arrêtant un des favoris du scrutin et en réprimant les manifestations. Nicholas Haysom a osé demander des explications. Le voilà persona non grata et contraint de faire ses valises quatre mois après son arrivée.

« Cette décision n'a pas été prise dans la précipitation. Il doit quitter le pays dès que possible. Nous défendrons notre souveraineté et notre unité », a déclaré mercredi le ministre somalien des Affaires étrangères. En punissant ce diplomate chevronné, Mogadiscio suscite un précédent en prévision des autres élections locales à venir, à commencer par celle du Puntland dimanche.

Les Etats-fédérés craignent que derrière cela se cache une stratégie plus globale, sur le long terme, visant à limiter leurs prérogatives et de recentrer le pouvoir à Mogadiscio.

Election dans le Sud-Ouest: l'ONU demande des explications à la Somalie

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