En Guinée, le discours-choc de l’ambassadeur russe ne passe pas inaperçu

Vue générale de Conakry, en Guinée (image d'llustration).
© Getty Images/Waldo Swiegers/Bloomberg

En Guinée, les propos-chocs de l’ambassadeur russe ont créé une polémique. Le doyen du corps diplomatique à Conakry a ouvertement déploré le principe d'alternance en vigueur dans le pays. Alexandre Bregadzé suggère ainsi une modification de la Constitution afin d'ouvrir la voie à un troisième mandat pour le président Alpha Condé.

C'est un discours qui n'est pas passé inaperçu. L'ambassadeur russe a d'abord salué le développement de la Guinée qu'il dit avoir observé au cours des huit dernières années. « Soyons objectifs, soyons réalistes », a-t-il martelé, « nous sommes témoins d'une grande réussite de la Guinée, de son président et de son gouvernement ». « Un gouvernement, poursuit-il, dont les jeunes ministres entreront dans l'histoire de la Guinée comme la génération Alpha Condé ».

Alexandre Bregadzé a ensuite déploré le principe d'alternance pourtant inscrit dans la Constitution guinéenne. « Les Constitutions, dit-il, ne sont ni dogmes ni Bible ni Coran. Les Constitutions s'adaptent à la réalité, mais les réalités ne s'adaptent pas aux Constitutions ».

Tollé de l’opposition

L'ambassadeur a terminé son discours en témoignant tout son soutien au chef de l'Etat guinéen. Alpha Condé, dont le deuxième mandat s'achève en 2020, et qui a souvent contesté la pertinence de cette limitation du nombre de mandats présidentiels. « Nous vous soutenons, monsieur le président (...) La Guinée a besoin de vous, surtout aujourd'hui ! Et comme dit le dicton populaire russe : on ne change pas les chevaux au passage du cours d'une rivière. Actuellement, la Guinée est à ce passage ».

L'Union des forces démocratiques de Guinée, le principal parti d'opposition guinéen, a réagi dans la foulée. Son vice-président Fodé Oussou a pressé les autres ambassadeurs de se « désolidariser » des propos d'Alexandre Bregadzé. « L'ambassadeur russe, a-t-il ajouté, doit savoir qu'il n'est pas du rôle d'un ambassadeur de se mêler des problèmes internes d'un pays indépendant ».

« Il y a des obligations de réserve qui incombent aux ambassades par rapport aux politiques intérieures, par rapport à la Constitution, par rapport à l'état de la démocratie, a déclaré de son côté Cellou Dallen Diallo, président de l'UFDG. Nous n'avons pas compris que l'ambassadeur russe viole cette discipline observée par tous les diplomates. »

Et du côté de la société civile, le leader du Balai citoyen, Sékou Koundouno, a a affirmé : « Ils ont des intérêts un peu partout ici (...) donc nous ne sommes pas étonnés qu'ils prennent de telles positions. Mais en ce qui nous concerne, ces propos sont anticonstitutionnels, discourtois, démagogiques, inappropriés et incohérents. »

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