Contestation au Zimbabwe: la violence de la répression inquiète

Selon des chiffres officiels, les forces de sécurité zimbabwéennes ont arrêté 600 personnes en trois jours.
© REUTERS/Philimon Bulawayo

Selon les autorités zimbabwéennes, 68 personnes ont été blessées par balle et les forces de sécurité ont procédé à 600 arrestations lors des trois jours de grève nationale sévèrement réprimés. Un bilan contesté.

Les organisations des droits de l’homme, notamment Human Rights Watch, dénoncent un usage excessif de la force pour réprimer la contestation en cours au Zimbabwe. Le principal syndicat du pays, la ZCTU, avait appelé à trois journées ville morte pour protester contre la hausse des prix, et notamment la hausse du prix du carburant annoncée le week-end dernier.

Dès lundi, des manifestations de colère ont été violemment réprimées par la police, dans les deux plus grandes villes du pays, Harare et Bulawayo. Impossible d’établir un bilan précis pour l’instant. Les autorités avancent un bilan de 68 blessés par balle. Mais selon l’Association zimbabwéenne des médecins pour les droits de l’homme, il y aurait au moins dix morts sur l’ensemble du pays et plusieurs centaines de blessés. Notamment dans les quartiers populaires de la capitale, Harare, Epworth, Chitungwiza et Kadoma, où la police a fait usage d’armes à feu pour disperser les manifestants.

Une violence sans précédent témoigne ce médecin qui a souhaité garder l’anonymat. « Je pense que le niveau de violence auquel nous avons assisté ces derniers jours est sans précédent. Des gens ont été tués. Ceux qui ont été passés à tabac semblent avoir été choisis de façon arbitraire. Dans certains quartiers, les forces de l’ordre ont effectué des descentes chez les gens et les ont brutalisés. Les blessures les plus graves que nous ayons eu à soigner étaient des blessures par balle ou des blessures à l’arme blanche infligées par les forces de sécurité, témoigne-t-il. Certaines victimes étaient des manifestants, d’autres de simples passants qui ont reçu une balle perdue. Dans le passé, nous avons été témoin de la brutalité des forces de sécurité, mais jamais nous n’avons vu l’utilisation de balles réelles, je n’ai jamais vu cela. C’est assez choquant, surtout venant d’un gouvernement qui prêche la réconciliation et se dit ouvert à la critique. Ce niveau de brutalité et de répression jette une ombre sur notre pays. »

Les autorités parlent aussi de 600 arrestations. Parmi eux, l’un des principaux opposants, le pasteur Mawarire qui se retrouvait devant la justice jeudi et sera poursuivi pour « subversion ».

La diaspora sud-africaine sans nouvelles

Sur place, les communications sont partiellement coupées. Peu d’informations filtrent et la diaspora ne parvient pas à savoir ce qui se passe réellement. Devant le consulat zimbabwéen de Johannesburg, plusieurs dizaines d’opposants ont manifesté jeudi. Comme Zanele, ils ont peur pour leur famille. « C’est comme une maison d’arrêt. D’après eux, il n’y a rien dans les rues, pas de magasins ouverts, pas de nourriture. Ils ont peur de sortir dehors donc ils restent enfermés chez eux », raconte-t-il.

Koli a fui en Afrique du Sud en 2008, lors d’une crise semblable à celle d’aujourd’hui. Il ne parvient pas à entrer en contact avec ses proches restés au pays. « C’est très difficile de contacter la famille. J’ai essayé d’appeler, mais toutes les connexions sont coupées, rapporte-t-il. C’est traumatisant lorsque vous ne savez pas comment va votre famille alors que les informations rapportent que des personnes sont tuées. »

« Après Mugabe, rien n’a changé », dit l’une des pancartes. C’est aussi le message de Lucky, un pharmacien zimbabwéen. « Ce qui ne va pas au Zimbabwe, c’est d’avoir Mnangagwa comme président. C’est la pire chose. Car nous avons juste pris les mêmes pour recommencer », se désole-t-il.

De grandes puissances ont commencé à réagir à la crise zimbabwéenne. L’Union européenne puis les Etats-Unis ont appelé les autorités à cesser l’usage excessif de la force.

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