Ghana: un journaliste d’investigation assassiné à Accra

Vue de la ville d'Accra, au Ghana.
© Creative Commons/Guido Sohne

Un journaliste d'investigation a été abattu par balle mercredi soir alors qu'il rentrait chez lui à Accra au Ghana. Ahmed Husein Suale participait à une vaste enquête sur la corruption dans le football africain. Il faisait partie de l'équipe de reporters infiltrés dirigée par le célèbre journaliste Anas Aremeyaw Anas.

Ahmed Husein Suale collaborait avec Anas Aremeyaw Anas, un journaliste qui apparaît masqué pour protéger sa sécurité, un peu à la manière d'un justicier masqué. C’est lui qui était à l’origine, l’année dernière, d’un documentaire sur des matchs de foot truqués au Ghana, « Number 12 ».

Membre de son équipe, Ahmed Husein Suale, a été abattu de trois balles alors qu'il était au volant de sa voiture mercredi soir, dans la banlieue d'Accra, alors qu’il rentrait chez lui.

Pour l’instant, la police n’a pas encore identifié l’auteur de cet acte. Mais la sécurité d’Ahmed Husein Suale n’était pas totalement garantie. En effet, un député ghanéen, Kennedy Agyapong, avait récemment diffusé sa photo à la télévision nationale, promettant une récompense à qui le passerait à tabac. Le journaliste avait d’ailleurs déposé une plainte.

« Personne ne nous réduira au silence »

Anas Aremeyaw Anas a réagi à cet assassinat en mettant en ligne jeudi matin des extraits de l'interview de ce député du parti au pouvoir où on l'entend dire qu'Ahmed Hussein est un « méchant ». En incrustation, on peut lire : « Personne ne nous réduira au silence dans notre combat contre la corruption. Le journalisme n’est pas un crime ».

C'est aussi le message que veut porter Affail Monney, président de l'association des journalistes du Ghana. « J'ai eu Anas au téléphone [le soir de l'assassinat]. Il m'a raconté dans quelles circonstances Ahmed a été assassiné. Cette nouvelle nous a énormément bouleversés et choqués. Mais nous appelons les journalistes à ne pas avoir peur, à ne pas se laisser intimider. Ce métier inclut des risques et des dangers. Mais notre sécurité devrait être garantie. Aucune institution n'a mieux combattu la corruption au Ghana que les médias », rappelle-t-il.

Dans une interview accordée à RFI, il y a deux ans, Anas Aremeya Anas avait expliqué son combat contre la corruption. « Les pourris ont beaucoup d'argent, déclarait-il. Pour échapper à un procès, ils n'hésitent pas à verser des pots-de-vin. C'est pourquoi les journalistes comme moi nous devons les mettre hors d'état de nuire une fois pour toute. Lorsque nos preuves sont incontestables, les dessous de table ne servent à rien. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour venir à bout de la corruption. »

Pour le documentaire « Number 12 », ces journalistes avaient utilisé des caméras cachées pour piéger des dizaines d'arbitres et plusieurs dirigeants de la Fédération ghanéenne de football, y compris son président, qui se voyaient proposer des pots-de-vin. Suite au scandale, plus de 50 arbitres avaient été suspendus par la Confédération africaine de football.

Maître Kissi Agyabeng est l'avocat de cette équipe de journalistes qui porte le nom de Tiger Eye, soit « l'Œil du tigre ». « Il s'agit d’un meurtre qui aurait pu être commis par n'importe qui, même un parfait inconnu, un petit voyou qui aurait décidé de le tuer, une affaire crapuleuse, souligne-t-il. Mais on ne peut pas passer sous silence le fait qu'un député du parti au pouvoir soit intervenu à la télévision pour inviter le public à tabasser la victime. Il n'avait pas le droit de le faire. Proposer de l'argent dans l'espoir de porter atteinte à l'intégrité physique de quelqu'un est un crime puni par le Code pénal. J'ignore d'ailleurs pourquoi il n'a pas déjà été arrêté par la police. La police doit l'arrêter ! C'est là où cette affaire pose la question de la démocratie et de l'état de droit. Personne ne doit être au-dessus des lois. On ne peut pas proposer de l'argent en échange d'un passage à tabac. »

Cet assassinat a choqué au Ghana, pays qui occupe la première place en Afrique du classement de Reporters sans frontière pour la liberté de la presse. L'association des journalistes a appelé le président de la République à jouer de son influence pour s'assurer que justice soit faite.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.