RCA: l'ex-chef anti-balaka Patrice-Edouard Ngaïssona transféré à la CPI

Patrice-Edouard Ngaïssona, ici le 2 février 2018 à Casablanca.
© FADEL SENNA / AFP

Le leader anti-balaka et patron du football centrafricain Patrice-Edouard Ngaïssona, arrêté en France il y a un peu plus d'un mois, a été transféré ce mercredi 23 janvier à la Cour pénale internationale qui le recherchait pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre présumés.

Arrêté en France à la mi-décembre, Patrice-Edouard Ngaïssona a tout tenté pour échapper à son transfèrement à la CPI. Mais après avoir épuisé toutes les voies de recours devant la justice française, il a été extradé ce mercredi matin vers La Haye aux Pays-Bas. Une information annoncée par la CPI et confirmée à RFI par un de ses avocats, Me Lin Banoukepa.

A 51 ans, Patrice-Edouard Ngaïssona vient d'être rattrapé par son sombre passé de chef milicien alors que tout cela semblait désormais loin de ce passionné du ballon rond. Devenu homme d'affaires, l'ancien leader anti-balaka est entré en politique. Ministre des Sports en 2013, aujourd'hui député, Ngaïssona, qui est aussi le patron du football centrafricain, a été élu au comité exécutif de la Confédération africaine de football il y a près d'un an.

Une élection très controversée. En cause les soupçons de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité commis dans les années 2013, 2014 qui pesaient déjà contre lui. Des accusations qu'il a démenties devant la cour d'appel de Paris, en se présentant comme un homme de « paix ».

Pour le moment, la date de sa première comparution n'a pas encore été annoncée. Patrice-Edouard Ngaïssona rejoint dans les cachots de la CPI un autre chef anti-balaka, Alfred Yekatom – dit Rambo – arrêté quelques semaines seulement plus tôt.

Deux poids deux mesures

Les anti-Balakas et tous leurs soutiens dénoncent depuis l'arrestation des deux anciens chefs de guerre un deux poids deux mesures de la part de la Cour pénale internationale. Les groupes armés anti-balaka qui sont parties prenantes du processus de négociation qui s'ouvre ce jeudi à Khartoum avaient même menacé de boycotter ce processus, sans mettre en application leurs menaces pour le moment.

La Fédération internationale des droits de l'homme en est consciente, mais son responsable Afrique assure que la CPI travaille également sur les cas d'ex-Selekas responsables présumés de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité. « Un certain nombre de secteurs anti-balaka trouvent qu'il peut y avoir une justice à deux vitesses ou en tout cas qu'ils sont pour l'instant les seuls ciblés. Ce qui pour l'instant est vrai, mais ce n'est pas un secret, la procureure de la CPI l'a dit elle-même : son bureau travaille sur la culpabilité d'un certain nombre de chefs et de responsables des Selekas », rappelle Florent Geel.

Mais le responsable Afrique de la FIDH reconnaît qu'il est difficile pour le moment d'arrêter des ex-Selekas « parce qu'ils sont toujours armés, qu'ils sont dans la brousse et qu'ils continuent de contrôler près de 80% du territoire centrafricain ». Florent Geel estime que ces deux arrestations de chefs anti-Balakas et celle du n°2 de la milice ex-Selekas de l'UPC, à Bambari le 8 décembre dernier, sont un signe que la lutte contre l'impunité commence à porter ses fruits.

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