Mort des journalistes de RFI au Mali: François Hollande entendu par la justice

L'ex-président français François Hollande le 15 novembre 2018.
© AFP/Angelos Tzortzinis

L’ancien président François Hollande a été entendu par la justice française dans l'affaire des deux journalistes de RFI assassinés au Mali. Le 2 novembre 2013, Ghislaine Dupont et Claude Verlon avaient été tués juste après leur enlèvement à Kidal, dans le nord du pays. Selon l'Agence France-Presse (AFP), l’ex-chef de l’Etat français a donc été entendu comme témoin par le juge chargé de l'affaire. Tout comme l'ex-directeur de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

C'est la première fois que ces personnalités sont entendues depuis le début de l'affaire. François Hollande a été entendu par le juge le 11 janvier. Quant à l'ancien chef des services secrets, Bernard Bajolet, il a été reçu par le juge le 10 décembre dernier.

Selon l'Agence France-Presse, tous les deux ont été interrogés sur ce que l'on appelle des « off », c'est-à-dire des conversations informelles avec des journalistes au sujet de cette affaire, en décembre 2013, pour François Hollande, c'est-à-dire un mois après l'assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Le chef de l'Etat de l'époque avait indiqué à l'un de nos journalistes avoir connaissance d'une écoute téléphonique. Un échange entre un présumé commanditaire et un présumé exécutant, intercepté par la France. Selon la confidence de François Hollande, on y entend le premier dire à l'autre : « Vous avez gâché la marchandise ».

Pour l'instant, on ne trouve aucune trace de cet échange téléphonique dans les pièces déclassifiées. Mais il a de nouveau été évoqué en octobre dernier, lors d'une conversion entre l'ancien patron des services secrets et des journalistes de RFI. Bernard Bajolet avait alors affirmé être au courant de cette écoute, précisant même que l'information venait de son service.

Mauvaise interprétation

Selon l'AFP, François Hollande et Bernard Bajolet ont été nettement moins affirmatifs devant le juge chargé de l'affaire. L'agence France-Presse rapporte que lors de son audition, François Hollande a regretté de « mauvaises interprétations » de ses propos. Cinq ans après sa confidence au journaliste, l'ancien président français a expliqué au juge ne plus avoir souvenir de cette conversation. Toujours selon l'AFP, le juge lui a alors demandé s'il avait connaissance de cette fameuse écoute téléphonique. Réponse de François Hollande : « Non, je ne crois pas ».

Interrogé sur le même sujet, l'ancien patron de la DGSE, Bernard Bajolet aurait, lui, démenti l'existence même de cette écoute téléphonique. « Je ne me souviens pas avoir été aussi affirmatif, car à ma connaissance, l'interception n'a jamais existé ». Selon l'AFP, l'ancien chef des services secrets a déclaré avoir été surpris par les questions des journalistes et a indiqué au juge : « J'ai bafouillé quelque chose dont je ne me souviens plus trop ».

Incompréhension et colère

Ces révélations étonnent les proches de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon. « On a le sentiment d'être pris pour des imbéciles », résume Pierre-Yves Schneider. Le porte-parole de l'association des Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon se dit satisfait que le juge ait demandé à entendre François Hollande et Bernard Bajolet, mais il se dit déçu par les informations révélées ce 28 janvier. Il espère que de nouveaux documents pourront être déclassifiés.

On est très déçus. Après ça, on ne va pas forcément en rester là.

Pierre-Yves Schneider, le porte-parole de l'association des Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon
28-01-2019 - Par Anne Cantener

Appolline Verlon-Raizon, la fille de Claude Verlon, se dit satisfaite que le juge ait demandé à entendre François Hollande car c'était une de ses attentes, mais elle ne comprend pas pourquoi il a nié l'existence de cette écoute. En effet, lors d'un entretien, en avril 2017, avec François Hollande - en compagnie de Danièle Gonod, présidente de l'Association des amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon - le sujet avait été abordé et, dit-elle, jamais il n'a démenti l'existence de cette écoute. Ecoute qui n'a cependant jamais été versée au dossier. François Hollande s'était même engagé à tout faire pour qu'elle soit déclassifiée, dit Appolline Verlon-Raizon.

« Je suis contente de savoir que le juge les a entendus. Je suis très contente qu’il l’ait fait. Après, je vous avoue que je suis assez surprise. Vraiment, je ne comprends pas parce que, pour moi, cette interception existe parce que quand je lui en ai parlé, lors de notre dernière entrevue à l’Elysée, on lui a demandé de nous aider à porter cette écoute au dossier – de la verser au dossier – de nous aider à la déclassifier et il s’y était engagé. Je ne comprends pas, en fait, ce revirement de situation. D’ailleurs, je cherche à le joindre. S’il m’entend, aujourd’hui sur RFI, je l’invite à me recontacter, dès qu’il peut, parce que je ne comprends pas du tout ce qui a pu se passer dans le bureau du juge », a-t-elle déclaré sur RFI.

Pour Appolline Verlon-Raizon, ce double discours alimente les soupçons, confie-t-elle.

Entendre parler de deux personnes dont mon père comme de "la marchandise", ce n’est pas quelque chose que l’on invente ou que l’on n’a pu entendre. On l’a entendu. On sait que cette écoute existe.

Apolline Verlon-Raizon
28-01-2019 - Par Marie-Pierre Olphand

Le juge Trévédic avait demandé la déclassification de cette écoute et comme elle nous interpellait, nous avons, lors de l’entretien avec le président Hollande, évoqué cette écoute en demandant, à nouveau, qu’elle soit déclassifiée.

Danièle Gonod
28-01-2019 - Par Anne Cantener

Marie Dosé, avocate de l'association des Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon se désole de ces déclarations contradictoires.

« Tout cela est pathétique et inquiétant. Il y a deux hypothèses : soit ils mentent, aujourd’hui, en expliquant qu’il n’y a jamais eu d’interception téléphonique, par exemple, soit ils ont, à l’époque, raconté n’importe quoi à des parties civiles en faisant état de cette interception téléphonique. J’’ai du mal à être rassurée par la première hypothèse ou par l’autre. Je pense que les deux sont finalement très inquiétantes », a-t-elle déclaré à RFI avant d’ajouter qu’elle ne compte pas en rester là.

Je vais réfléchir avec mes clients à ce qu’il est possible de faire pour y voir un peu plus clair. Cela peut être une plainte pour faux témoignage, cela peut être des demandes d’actes d’instruction complémentaires, que ce soit des confrontations, que ce soit des déclassifications. Il y a matière à travailler.

Marie Dosé
28-01-2019 - Par Anne Cantener

 

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