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France Tchad

Raids contre l’UFR au Tchad: l’armée française tire un premier bilan

L'un des 4 appareils Mirage 2000 de Barkhane basé à Niamey (mars 2017).
© RFI/Olivier Fourt

L’état-major de l'armée française a donné des précisions jeudi matin 7 février sur ses frappes au nord-est du Tchad. En tout, une vingtaine de bombardements ont eu lieu dimanche, mardi et mercredi avec comme objectif d'arrêter la progression d'une colonne de véhicules armés. En tout, sept avions Mirage ont été mobilisés : cinq venants de Ndjamena et deux de Niamey, au Niger.

Les forces françaises tentent désormais de déterminer si elles ont atteint leur objectif : stopper la progression du groupe armé. Et le colonel Patrick Steiger, porte-parole de l'état-major des armées françaises, ne dit pas s’il y aura d'autres frappes dans les heures ou les jours qui viennent : « L’appréciation de situation est encore en cours. A l’heure actuelle, il reste à préciser quelles sont leurs intentions et quel est leur état exact. Tout le reste ne serait que spéculation. Je vous rappelle que c’est bien une demande qui a été faite par les autorités tchadiennes auprès de la France, et que les autorités tchadiennes conservent également la capacité de répondre à cette menace. Ce n’est pas une affaire française. »

Quant au cadre de l'intervention, le colonel Steiger précise qu'il ne s'agit ici ni de l'opération antiterroriste Barkhane ni d'agir selon les termes d'un accord bilatéral entre la France et le Tchad, mais bien de répondre à une demande d'assistance des autorités tchadiennes : « Un accord de défense ou un accord technique ou un accord intergouvernemental, c’est lié à quelque chose de spécifique. Cela ne veut pas dire qu’on ne puisse pas faire autre chose du moment que le cadre légal, en l’occurrence cette demande formelle du Tchad à la France, est établi. Je voudrais préciser que ceci n’est pas dans le cadre de l’opération Barkhane. Le fait qu’on utilise les moyens stationnés à Ndjamena pour des raisons de proximité, réactivité, disponibilité, j’ose croire que tout le monde comprend la logique qui est derrière. C’est bien différent de Barkhane. »

Des parlementaires français, tant à l'Assemblée nationale qu'au Sénat, s’interrogent sur l’intervention de Paris au Tchad. Au Sénat, la commission de la défense et des forces armées devrait entendre, à ce sujet, la ministre des Armées, Florence Parly.

Le président de la commission, Christian Cambon, ne conteste pas cependant la légitimité des frappes françaises. A ses yeux, elles s'imposaient, notamment pour la sécurité des troupes françaises dans la capitale tchadienne.

« Je rappelle que Ndjamena est notre quartier général pour Bakhane alors évidemment si Ndjamena devait elle-même subir des attaques - il y en avait eu précédemment - il était nécessaire de montrer un peu les forces françaises. Nous ne sommes pas intervenus sur la totalité du cortège de pick-up qui se dirigeaient [vers la capitale, ndlr] mais le fait d'en avoir neutralisé quelques-uns a dû calmer l'envie des autres de renforcer cette colonne », juge Christian Cambon.

Mais pour Clément Boursin, le responsable des programmes Afrique de l’Acat, une ONG chrétienne contre la torture, cette intervention pose la question du soutien de la France au régime Déby : « Les parlementaires doivent poser des questions : la France est-elle en guerre au Tchad ? Contre qui ? Pour quelles raisons ? Pourquoi soutient-on une personne arrivée par les armes en 90, qui depuis la dernière offensive de l'opposition armée en 2008 a fait disparaitre son principal opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh, en février 2008, qui en dix ans, onze ans, n'a rien fait pour développer son pays ? La France soutient à bout de bras ce régime. Là on intervient militairement pour le soutenir. On nom de quoi ? Au nom de la stabilité ? On sait pertinemment que la population est dans un dénument le plus total, il y a des manifestations régulières, les réseaux sociaux et internet sont interdits. Quelle est la position de la France concrètement, on veut comprendre. »

Réponse du député LREM Thomas Gassiloud et membre de la Commission Défense : la question de la légalité de cette intervention ne se pose pas. « Cette intervention a pour objectif la stabilité du Tchad qui est un pays partenaire et allié de la France dans la lutte contre le terrorisme. On reconnaît la légitimité des institutions tchadiennes, les autorités tchadiennes ont demandé à la France d'intervenir. Cela nous empêche pas, en parallèle, de pousser à l'émergence d'une forme démocratique. »

Sur le volet diplomatique, pour l’instant, il n’y a pas de réaction du quai d'Orsay côté français.


Qu'est-ce que l’UFR ?

L'UFR, l'Union des forces de la résistance, est un groupe rebelle dirigé par Timan Erdimi,  un neveu du président Idriss Déby. Depuis 2013, c'est sa 1ère avancée en territoire tchadien, mais le groupe a été créé en 2009.

Quand en 2008 les groupes rebelles tchadiens échouent devant le palais présidentiel à Ndjamena, notamment à cause de leurs divisions, l'impératif de former une coalition aboutit à la création de l’UFR en 2009. Mais rapidement Mahamat Nouri, l'autre grand chef rebelle, claque la porte, et après l'échec de l'offensive d'Amdam, dans l'Est, le président soudanais Omar el-Béchir, qui était plus qu'un parrain pour les rebelles, change de stratégie et se réconcilie avec le président Idriss Déby. Après les accords de paix de 2009, le groupe se disloque : les uns rallient le régime de Ndjamena, d’autres rejoignent la Libye ou les Seleka de Centrafrique. Et pour Timane Erdimi c'est l'exil à Doha au Qatar depuis 2010.

Chassé du Soudan, le groupe se reconstitue dans le sud-libyen depuis 2013. Peut-être un demi-millier d'hommes aujourd'hui, principalement des Zaghawas et des Tamas selon un spécialiste. Une petite colonne bien équipée, expérimentée et qui peut s'appuyer sur une bonne connaissance du terrain.

Quant à Timane Erdimi, il demeure une personnalité controversée. « C'est à cause de sa façon familiale et tribaliste de gérer les hommes et les biens. Il y a du Déby en lui », affirme un ancien responsable rebelle qui reconnaît néanmoins que grâce à ses liens, le groupe peut compter sur des complicités au sein de l'armée tchadienne.

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