Sénégal: la dernière sortie d’Abdoulaye Wade fait débat

L'ancien président sénégalais Abdoulaye Wade, dans le quartier de Grand Yoff, à Dakar, le 9 septembre 2017.
© Guillaume Thibault/RFI

L’ancien président sénégalais appelle à perturber le scrutin du 24 février. Des propos-chocs qui font la Une de la presse sénégalaise et qui alimentent aussi la polémique. S'attaquer au bureau de vote, c'est désormais la stratégie prônée par Abdoulaye Wade dans un discours prononcé mercredi soir.

Abdoulaye Wade l'a dit et répété ce mercredi soir : il ne veut pas que la présidentielle du 24 février ait lieu, car la candidature de son fils a été refusée. Cette position il l'a exprimée dans une déclaration brutale : « Nous, PDS, on ne participe pas. Certains ont appelé au boycott, tout ça... Nous, nous décidons de nous attaquer aux bureaux de vote pour qu’il n’y ait pas d’élection. Parce que nous estimons que si nous brûlons 50 ou 70% des bureaux de vote, on sera obligé de recommencer les élections dans d’autres conditions. Voilà ce que nous allons faire. »

C’est la première fois qu’une telle situation se produit au Sénégal qu’un ex-président appelle à brûler du matériel de vote. Cela choque nombre de citoyens au sein même du parti d’Abdoulaye Wade. Depuis le retour du doyen de la politique local, jeudi dernier, les autorités ont peu réagi estimant, sans doute, qu’il ne fallait pas tomber dans le piège politique et médiatique.

Condamnation du pouvoir

Changement de posture aujourd’hui. Seydou Gueye, le porte-parole du gouvernement, estime que les propos d’Abdoulaye Wade sont un appel à l’insurrection et qu’ils sont donc condamnables : « Je pense que le président Wade n’honore pas son statut d’ancien chef de l’Etat. Abdoulaye Wade n’est pas candidat à cette élection présidentielle. Et il réitère, depuis son retour et bien avant même, un appel à l’insurrection qui est une attitude punie par la loi. Et la loi s’appliquera dans toute sa rigueur. L’Etat du Sénégal a pris toutes les dispositions pour la tenue régulière du scrutin, le 24 février, et personne ne pourra empêcher le déroulement du scrutin. »

Abdoulaye Wade n’est pas au-dessus des lois, estime donc Seydou Gueye. La société civile condamne aussi les propos de l’ancien président. Notamment le mouvement Y’en a marre qui considère que ce n’est pas à Abdoulaye Wade de mener le combat, mais à son fils Karim qui est toujours au Qatar.

« Citoyens aux urnes ! »

Fadel Barro, l’un des leaders du mouvement citoyen, rappelle aussi que boycotter une élection, c’est jouer la carte du pouvoir : « Y’en a marre a arrêté, parce qu’il n’a jamais été dans une stratégie de boycott. Au contraire, c’est favoriser le parti au pouvoir, parce que c’est favoriser un faible taux de participation. Et de toute façon, les gens iront voter. Donc, il peut y avoir des discussions, mais nous avons une base pour nous qui est importante, sur laquelle les citoyens peuvent encore se mouvoir. L’opportunité que nous avons c’est d’aller voter. Citoyens aux urnes ! C’est ça le mot d’ordre de Y’en a marre. »

Abdoulaye Wade a annoncé qu’il allait partir en région pour expliquer sa démarche aux Sénégalais. Il faudra voir s’il est suivi. Pour le moment, ce n’est pas le cas, ses propos virulents l’ont au contraire isolé.

Nous n'avons aucun problème. Libre aux politiques de faire les déclarations qu'ils veulent, nous sommes un pays bien organisé. Rien ne se passera. Nous allons tenir les élections, et je dis bien le 24 février 2019.
Devant la presse, Aly Ngouille Ndiaye, le ministre de l'Intérieur, est venu pour défendre son bilan et tacler dans le même temps Abdoulaye Wade
14-02-2019 - Par Guillaume Thibault

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