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Mali

Mali: à Kidal, la CMA se substitue encore un peu plus à l'Etat

Dans les rues de Kidal, en juillet 2013 (image d'illustration).
© AFP/KENZO TRIBOUILLARD

La CMA, la Coordination des mouvements de l’Azawad a annoncé de nouvelles règles à Kidal pour la population. La CMA, qui administre la ville depuis plusieurs années, prend ainsi en main de nouveaux secteurs de la sécurité et de la justice en se substituant à l'Etat. Les règles sont plus strictes : la vente et la consommation d’alcool sont désormais interdites, les étrangers doivent avoir un tuteur local, quant au rôle du cadi, le juge islamique, il apparaît renforcé. L'incapacité de l'Etat à assumer ses responsabilités dans le nord du Mali continue à poser problème.

Ce sont les notables de Kidal qui ont décidé de donner de nouvelles attributions à la CMA lors d'une réunion avec les autorités. Depuis quelques temps, l'insécurité a augmenté, surtout la nuit, avec beaucoup de vols perpétrés par des personnes à motos. Les transporteurs entre l'Algérie et Gao, qui passent par Kidal, témoignent aussi de la dégradation de la sécurité.

Mais sur place, pas de police, ni de gendarmerie. Le sujet est toujours en discussion à Bamako et l'Etat est toujours absent, le problème a donc été confié à la CMA, qui administre la ville depuis 2014.

Cette décision n’est pas inédite, les autorités traditionnelles ont toujours régulé la vie de la population dans certains domaines. Mais cette fois, les règles de la CMA vont plus loin. Elle s'octroie des pouvoirs généralement réservés à l'Etat comme la gestion de la présence des étrangers. La vente et la consommation d'alcool est interdite et le Cadi, le juge islamique, voit ses pouvoirs renforcés alors que le Mali est laïque.

En l'absence de l'Etat, les populations en décidant de mettre en place ce système, qui n'est pas nouveau, mettent en lumière leur capacité à être autonomes et c'est cela sans doute qui pourrait faire grincer des dents le gouvernement central.

Ferdaous Bouhlel, chercheure spécialiste du Mali
18-02-2019 - Par Jeanne Richard

Derrière ces règles, une source officielle locale dénonce l'influence du GSIM, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, lié à al-Qaïda.

« Pas de risque de voir appliquer la charia, la loi islamique, telle qu’elle l’a été en 2012, c'est à dire avec l'application du Had (sanctions corporelles suite à un délit pénal) qui avait cours lors de la prise du pouvoir par les djihadistes », estime toutefois la chercheure et doctorante Ferdaous Bouhlel qui connait bien la région. De fait la CMA est déjà aux commandes à Kidal et ces règles reflètent les coutumes locales. C'est finalement l'incapacité de l'Etat à assurer ses prérogatives de sécurité et de justice, ainsi que les retards accusés dans l'application de l'accord de paix, qui constitue aujourd'hui le problème de fond selon elle.

On est dans une région où la justice islamique a toujours été le principal référentiel de régulation.

Ferdaous Bouhlel, chercheure spécialiste du Mali
18-02-2019 - Par Jeanne Richard

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