Elections au Nigeria: un pays entre attente et désillusion à la veille du vote

A Kano, dans le nord du Nigeria, au lendemain du report de l'élection présidentielle, le 17 février 2019.
© REUTERS/Luc Gnago

Les Nigérians ont été assez dépités suite au report des élections présidentielle, législatives et sénatoriales samedi dernier. Les scrutins ont été reportés à la dernière minute par la Commission électorale, préoccupée par des soucis logistiques. Désormais, les électeurs doutent jusqu’à la dernière minute de la tenue du scrutin ce 23 février alors que les candidats multiplient les appels à la mobilisation. Des citoyens qui, comme en 2015, ont des attentes très fortes, notamment en milieu rural.

Dans la communauté rurale d’Epe, à 65 kilomètres à l’est de Lagos, c’est un village peu animé que nous découvrons. Avec ses maisons en brique inachevées et raccordées à d’énormes réservoirs en plastique noir, souvent à sec. Dans cette communauté rurale, peu de foyers ont accès à l’eau potable.

Favour tient une gargote en bord de route. L’approvisionnement en eau est un défi hebdomadaire : « J’achète 1 000 litres d’eau à 1 000 nairas une fois par semaine. Mais cela ne suffit pas. Souvent, mon stock s’épuise au bout de quelques jours ».

Totalement découragée, cette mère de famille n’a pas fait l’effort de renouveler sa carte d’électeur, car elle a d’autres préoccupations en tête. Il lui faut, chaque jour, chercher de quoi alimenter son groupe électrogène, puisque le village n’a pas accès à l’électricité.

Lassitude

Même lassitude exprimée par Patrick, un jeune de 26 ans : « Je suis obligé de prendre une moto tard dans la nuit pour aller jusqu’au prochain village. Puis il faut avoir la chance de trouver du fuel. C’est une perte de temps. »

Dans un tel contexte, les habitants sont toujours tentés par les petits billets que certains candidats en campagne distribuent en échange d’un vote. Patrick, lui, ne croit plus aux promesses des politiques qui ne sont jamais parvenus à assurer les besoins de base dans son village.

« Les gens prennent l’argent des politiques, dit-il. Ils vont voter et le pays n’avance pas. Les routes sont toujours aussi mauvaises. Chaque fois que les politiques viennent, ils nous promettent d’améliorer notre quotidien. Et une fois les élections terminées, on ne voit aucun changement. »

Les deux principaux candidats à la présidentielle multiplient les appels à la mobilisation de ces électeurs peu intéressés par la campagne.


■ La corruption, enjeu central

La lutte contre la corruption était l'un des thèmes abordés par les candidats à la présidentielle de samedi. Bien loin des promesses de campagne, des citoyens se sont eux-mêmes impliqués dans la transparence des projets menés au niveau local pour éviter que l’argent public prévu pour améliorer le quotidien des Nigérians ne s’évapore sans explication.

Tosin Adesina est écrivain. A ses heures perdues, ce jeune milite bénévolement dans une ONG locale. Son but : faire de sorte que les projets promis par le gouvernement local soient effectifs. Son outil : les réseaux sociaux comme moyen de pression.
Reportage dans la communauté rurale d’Epe
22-02-2019 - Par Bineta Diagne

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