Des milliers de manifestants à Alger contre un cinquième mandat de Bouteflika

Des milliers de manifestants ont protesté vendredi 22 février 2019 à Alger contre un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika.
© RYAD KRAMDI / AFP

Des milliers de personnes ont manifesté ce vendredi 22 février dans le centre-ville d'Alger pour protester contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, 81 ans, à un cinquième mandat lors de la présidentielle du 18 avril prochain. Des heurts ont éclaté entre la police et les manifestants se dirigeant vers la présidence de la République.

Les affrontements entre policiers et manifestants ont éclaté près du palais du Peuple, sur la route qui mène vers la présidence de la République. Des jeunes ont brûlé des poubelles et fermé la route. En face, les forces de sécurité ont riposté avec des gaz lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc. Ces heurts ont fait au moins trois blessés légers, dont un au visage. Autour du palais du Peuple, les dégâts sont considérables.

Dans le reste du centre-ville, le calme est revenu. Les manifestants de l'après-midi redescendaient en marchant pour se disperser dans les différents quartiers de la capitale algérienne.

Jusqu'à environ 17h, les différents cortèges ont défilé sans heurts en scandant des slogans contre un cinquième mandat du président Bouteflika, contre son frère Saïd, mais aussi contre les autorités que les manifestants accusent d'avoir « mangé l'argent du pays ».

Asma tient à bout de bras une feuille sur laquelle il est écrit : « Non au 5e mandat ». « C’est trop, on est fatigués. Il a vieilli, il a travaillé pour le pays, c’est vrai. Mais c’est trop, répète-t-elle. On est fatigué. Moi je veux partir, je veux prendre la mer et partir. C’est trop. Laissez-le, le pauvre, ils se moquent de lui et ils l’utilisent. »

La colère était palpable depuis l’annonce de la candidature du président Bouteflika pour un cinquième mandat. Dans les rangs des manifestants, un mot est revenu souvent : ras-le-bol. Sofiane, 35 ans, estime qu’il ne pouvait pas ne pas participer à cette manifestation. « Y en a marre, tout simplement. Cela fait vingt ans qu'il nous vole. Aujourd'hui, on a décidé de dire non, explique-t-il. Je suis médecin, j'ai un bac+12 et je vis dans une situation vraiment précaire. On est dans un pays où rien ne va. »

D'autres appels à manifester avaient été lancés pour la journée de samedi, mais surtout pour dimanche.

« Ce mouvement de la population algérienne a surpris même le régime politique »

Abdelmoumène Khelil, membre de la Ligue de défense des droits de l’homme, estime que la mobilisation était inattendue et il espère qu’elle sera entendue.

Je pense que l'expression du peuple est sans équivoque, j'espère qu'elle sera entendue par les politiques et les tenants du pouvoir, car je pense que le temps du changement a sonné.

Abdelmoumene Khelil, secrétaire général de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme (LADDH)
22-02-2019 - Par Leïla Beratto

Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerrannéen, basé à Genève, souligne le caractère inédit de ce mouvement populaire. « Ce mouvement de la population algérienne a surpris même le régime politique qui pensait que la rue était bien tenue, qu'elle ne pouvait pas sortir ou se révolter et rejeter le cinquième mandat », explique-t-il.

Il souligne aussi que ces manifestations ne surviennent pas à la suite d'un leader ou d'un parti politique, mais que cela a commencé « par des appels anonymes sur les réseaux sociaux ».

Hasni Abidi analyse ce cinquième mandat comme « l'événement de trop » qui a été perçu par la population algérienne « comme une provocation ». Sans compter « les échecs à répétition » de la présidence Bouteflika. Une accumulation qui, selon lui, « a produit cette dynamique locale qui a fait sortir la population algérienne ».

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