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RDC

RDC: qui est Guidon, à la tête d’une coalition à l’offensive dans le Nord-Kivu?

Nord-Kivu en RDC, territoire de Masisi. (Photo d'illustration)
© Antoine Sanfuentes/NBC NewsWire/Getty

Depuis décembre 2015, une coalition de groupes armés, menée par le chef de guerre sous sanctions de l'ONU, Guidon Shimiray Mwissa, mène une offensive contre tous les groupes armés hutus, congolais comme étrangers, dans le Nord-Kivu, entraînant le déplacement de dizaines de milliers de civils hutus. Selon des sources sécuritaires congolaises, ces violences ont fait une centaine de morts en moins de deux mois. Son emprise s'est confirmée lors des derniers scrutins du 30 décembre. Dans le Masisi, selon l'ONU, ses hommes ont pris le contrôle de plusieurs bureaux de vote pour forcer les électeurs à voter pour des candidats de la coalition pro-Kabila. Des activistes les ont filmés à leur insu.

La scène se déroule à Bukombo, dans le Masisi. Dans un bureau de vote, on voit un jeune en civil que tout le monde appelle le « ndime ndime », c'est le surnom donné aux jeunes du NDC-Rénové et par extension à ses supplétifs de l'APCLS-Rénové de Mapenzi. L'homme qui fait peur à tous se tient à l'entrée de l'isoloir et indique aux électeurs comment voter avec la machine, sans que les agents de la Céni (Commission électorale nationale indépendante) n'osent intervenir.

« Quand tu arriveras là-bas, Papa, tu prends le bulletin, le ndime ndime va t'indiquer comment faire. » A voix basse, l'agent de la Céni explique que depuis l'ouverture des bureaux de vote, des combattants sont arrivés avec la ferme intention d'imposer leurs candidats dans trois bureaux sur les cinq de ce centre. Une électrice confirme : « Pour le premier, il avait mis Ramazani Shadary. Pour les députés, Nyarusumba. Pour le troisième, Marie Shematsi. Je ne veux pas plonger ce papier dans l'urne. Il a dit : "Vas-y, mets-le". »

Dans le bureau de vote, on voit aussi passer devant la caméra cachée un homme en tenue militaire et un policier. A voix basse toujours, l'agent de la Céni confie : « Les FARDC sont complices, au lieu qu'ils viennent maintenir l'ordre, ils se taisent ». L'agent, lui, dit ne pas vouloir risquer sa vie pour « des futilités ».

Une influence grandissante

En trois ans, Guidon Shimiray Mwissa a accru son emprise sur la province du Nord-Kivu, sans jamais véritablement faire l'objet d'opérations à son encontre. Cet ancien officier FARDC a pris le contrôle des Nduma Defense of Congo en chassant son ex-patron Sheka, aujourd'hui poursuivi pour des crimes contre l'humanité et en attente de procès.

Sous la houlette de Guidon, le NDC-Rénové va soutenir ou créer toute une galaxie de milices, avec toujours pour objectif de chasser les Hutus, combattants comme civils. Selon un rapport de l'ONU publié en décembre dernier, cette campagne s'est accompagnée d'exécutions sommaires, de viols, de déplacements forcés et massifs de population, de collecte de taxes illégales et d'exploitation illicite de ressources minières. Dans ce rapport, l'ONU évoque des complicités entre Guidon, ses alliés et des officiers FARDC, mais note aussi que des enquêtes sont ouvertes par la justice militaire congolaise.

Dans le territoire de Masisi, fin décembre, ce sont des dissidents des FDLR, les rebelles rwandais du CNRD, qui ont été pris pour cibles. Ces attaques ont entraîné à nouveau l'exode de milliers de civils hutus. C'est cette fameuse « colonne » contre laquelle le ministre sortant de la Défense avait demandé aux casques bleus d'intervenir en soutien à l'armée congolaise, assurant que ce déplacement de population était les prémices d'une action belliqueuse contre le Rwanda.

Mais l'offensive de Guidon et ses alliés se poursuit, cette fois contre les Nyatura, des groupes hutus congolais qui, eux aussi, sont bien loin d'être des enfants de choeur. Selon l'ONU, les Nyatura étaient responsables de près de la moitié des exactions commises dans le Masisi entre 2017 et 2018.

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