Algérie: Abdelaziz Bouteflika promet une présidentielle anticipée s'il est élu

Abdelaziz Bouteflika à Alger, le 15 juin 2015.
© AFP PHOTO / POOL / ALAIN JOCARD

Dans un communiqué lu à la télévision nationale algérienne ce dimanche 3 mars, le chef de l'Etat Abdelaziz Bouteflika a pris trois engagements s'il est élu à la présidentielle du 18 avril. Sa candidature a été déposée par son directeur de campagne.

« J'ai entendu et écouté le cri du cœur des manifestants, et en particulier des milliers de jeunes », déclare Abdelaziz Bouteflika dans le communiqué lu à la télévision nationale par la présentatrice du journal télévisé.

Dans ce texte, le chef de l'Etat fait un certain nombre de promesses, s'il est élu le 18 avril. Il s'engage à organiser une conférence nationale inclusive et indépendante, ouverte à tous. Celle-ci décidera la date d'une présidentielle anticipée, à laquelle Abdelaziz Bouteflika promet de ne pas être candidat. Le président algérien s'engage aussi à une modification de la Constitution qui devra être approuvée par référendum. Il s'engage aussi à une « redistribution des richesses nationales plus juste »

Mais il ne répond pas à la revendication principale des manifestations, qui ne veulent pas d'un cinquième mandat. 

Le sociologue algérien Nasser Djabi estime que ces promesses ne calmeront pas la colère des manifestants.

C'est ce qu'il a fait en 2011-2012 après ce que l'on a appelé le Printemps arabe. Mais les gens ont vite perçu que c'était de la poudre aux yeux parce que la situation n'a pas changé. Le système politique algérien est resté bloqué. Donc les gens vont se demander sans doute : Est-ce que ce n'est pas la même chose ? Est-ce que ce n'est pas le même scénario qui va se répéter.

Nasser Djabi, sociologue
03-03-2019 - Par Jeanne Richard

Selon lui, cette détermination du pouvoir et celle des manifestants risquent de se terminer en « dérapage ».

Manifestations

L'APS, l'agence de presse officielle algérienne, a annoncé que la candidature d'Abdelaziz Bouteflika avait été déposée auprès du Conseil constitutionnel par son directeur de campagne à quelques heures de la fin du dépôt des dossiers. Mais depuis dimanche matin, une grande confusion règne pour savoir si cela est conforme ou non à la loi. Abdelwahab Derbal, président de la Haute instance indépendante de surveillance des élections (HIISE), a déclaré dans l'après-midi que le dossier de candidature à des élections, y compris présidentielles, « doit être déposé par le candidat lui-même ».

Son directeur de campagne a voulu souligner l’importance de la popularité du président en précisant qu'il avait recueilli plus de 5 millions de parrainages. Pourtant, dimanche soir, un appel à la grève général a été lancé sur les réseaux sociaux et des manifestations nocturnes se sont déroulées dans plusieurs villes du pays.

Plus tôt dans la journée, dimanche, des manifestations improvisées avaient eu lieu à Alger et dans d'autre villes du pays contre un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika. Des milliers de personnes sont également descendues dans la rue en France, à Paris, Marseille ou Toulouse notamment.

Bouteflika en bonne position malgré la contestation

Face à lui, aucun poids lourd n'a déposé sa candidature. Ali Ghediri, ancien général-major, était inconnu du grand public il y a trois mois. Abdelaziz Belaïd a recueilli 3% des voix lors de la présidentielle de 2014. Abdelkader Bengrina, ministre du Tourisme en 1997, est à la tête d’un tout petit parti islamiste. Adoul Mahfoud et Omar Bouacha sont des proches soutiens d’Abdelaziz Bouteflika, tandis que Ali Zeghdoud et Abdelkrim Hamadi sont deux hommes politiques presque inconnus.

Les personnalités qui auraient pu rassembler comme Ali Benflis, l’ancien chef de gouvernement, candidat malheureux en 2004 et en 2014, ou Abderrazak Makri, le chef du principal parti islamiste, ont annoncé dimanche qu’elles refusaient de participer à l’élection.

Le coup de théâtre de Rachid Nekkaz

Rachid Nekkaz avait donné rendez-vous à ses partisans dimanche à 15h, devant le Conseil constitutionnel. Le Franco-Algérien, qui a tenté d’être candidat à l’élection présidentielle française, en est à sa deuxième tentative de candidature en Algérie.

Mais dimanche soir, coup de théâtre. Dans une salle du Conseil constitutionnel, devant une assemblée de journalistes incrédules, un homme, inconnu, se présente comme Rachid Nekkaz.

Il explique que le Rachid Nekkaz que tout le monde connait ne remplit pas les conditions nécessaires pour se présenter. Il ne peut pas justifier de dix ans de résidence en Algérie sans interruption. Alors, il a envoyé, cet homme, qui est son cousin et porte le même nom que lui.

Dans la nuit, un deuxième coup de théâtre se produit. Saïd Bouhadja, ancien président du Parlement, fait face aux journalistes, présente sa candidature. Puis, après près de 4 minutes, il lance : « J’ai changé d’avis, je suis ici pour dire que je ne suis pas candidat ».

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