Madagascar: la forêt primaire de Vohibola en danger

La forêt primaire de Vohibola se trouve près de la localité d'Andranokaditra à l'est d'Antananarivo, la capitale de Madagascar.
© Google Maps

Catastrophe écologique en vue à Madagascar. A l’allure où vont les choses, Vohibola, une petite forêt humide primaire de l’île, pourrait bien disparaître d’ici cinq ans. Situé sur la côte sud-est, aux abords du très touristique canal des Pangalanes, ce sanctuaire de faune et de flore endémiques a perdu plus de la moitié de sa superficie en 15 ans. Aujourd’hui, ses 1 000 hectares restants sont la cible de trafiquants locaux de bois, protégés voire complices avec certaines autorités de la zone. Face aux coupes illégales et aux menaces, les habitants des villages environnants s’organisent et interpellent l’Etat pour protéger ce qui leur reste de leur forêt, classée aire protégée depuis 2016.

La forêt de Vohibola, aussi petite soit-elle, devrait être connue comme celle qui abrite entre autres, le plus petit caméléon et la plus petite grenouille du monde, le « Brookesia Minima » et la « Stumpffia Vohibolensis » de leur nom scientifique. Tous deux découverts en 2012 par une équipe du Missouri Botanical Garden. Pourtant, depuis mardi, si on parle beaucoup d’elle, c’est parce que ses défenseurs, usés de risquer leur vie à traquer les bûcherons et les charbonniers illégaux, ont décidé de révéler leur situation au grand public.

Nabé, l’un des plus anciens guides locaux et protecteur de la forêt raconte que samedi dernier, lors d’une patrouille avec cinq confrères, ils sont tombés sur un campement. Au total, 24 maisonnettes, une centaine d’hommes. « Ils nous ont courus après avec des haches, dit-il, mais comme on connaît mieux la forêt qu’eux, on a réussi à s’échapper. Sans quoi on aurait pu être tués ! »

Une pétition en ligne

Les fondateurs de l'association Razany Vohibola, (« les ancêtres de Vohibola », en malgache), l’association qui a obtenu la gestion de l’aire protégée, deux hôteliers du coin, décrivent une organisation bien huilée. Les madriers et rondins de bois coupés sont stockés sous l’eau, les bateaux viennent la nuit faire le chargement et passent les barrages avec des autorisations signées du maire. « Ça fait deux ans qu’on dépose des plaintes. Et in fine, c’est nous qui sommes poursuivis », explique l’un d’eux, qui a déjà été placé 15 fois en garde à vue ces deux dernières années, a écopé d’un mandat d’arrêt et d’une interdiction de sortie du territoire.

Les villageois accusent directement certaines autorités comme le maire de la commune, des gendarmes ainsi que certains responsables de l’administration forestière d’être mêlés au trafic. Interrogé, Christian Ratsimbazafy, le directeur régional chargé de l’environnement et du développement durable parle « d’une affaire montée de toutes pièces ». « Certes, il y a toujours eu ici de l’exploitation illicite de bois. Mais nous ne sommes pas un cas isolé ! Le problème vient d’abord d’un conflit d’intérêts entre hôteliers de la zone », conclut-il.

Les défenseurs de la forêt espèrent alerter au plus haut niveau de l’Etat pour obtenir de l’aide et stopper une situation écologique et humaine qui empire de jour en jour. Une pétition citoyenne en ligne adressée au gouvernement malgache a déjà obtenu plus de 7 000 signatures en à peine 24 heures.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.