Soudan: les femmes en première ligne des manifestations anti-Béchir

Des manifestants soudanais fuient les gaz lacrymogènes à Khartoum le 20 janvier 2019.
© REUTERS/Mohamed Nureldin Abdallah

Le président soudanais Omar el-Béchir a ordonné vendredi 8 mars la libération de toutes les femmes détenues pour avoir participé aux manifestations contre son régime. Une annonce faite lors de la journée internationale des droits des femmes. Cela fait maintenant près de trois mois que les Soudanais manifestent contre le gouvernement, des centaines de personnes ont été arrêtés.

Alors que les manifestations contre le pouvoir en place ne faiblissent pas au Soudan, le président Omar el-Béchir a décidé de faire un geste de bonne volonté lors de la journée internationale des droits des femmes le 8 mars, en annonçant la libération de toutes celles arrêtées après avoir manifesté contre le régime.

Mais, pour Eiman, une jeune manifestante, cette annonce n’est que la poudre aux yeux. Selon elle, les femmes représentent désormais la moitié des Soudanais qui descendent dans la rue. « Ce gouvernement opprime les femmes et essaye de restreindre leurs droits, affirme-t-elle. Les femmes sont constamment harcelées, soit à cause des vêtements qu’elles portent,  ou parce qu’elles sont dans la rue tard le soir, ou dans un café, ou dans un lieu public. Elles sont victimes de discrimination au travail. D’ailleurs le gouvernement cherche à les empêcher de travailler, pour qu’elles restent à la maison et soient des femmes aux foyers. Donc chacune d’entre nous a une raison différente pour vouloir aller manifester contre ce régime ».

« Mais aujourd’hui, nous sommes dans la rue pour revendiquer nos droits, poursuit la jeune femme. C’est une opportunité pour nous les femmes de nous faire entendre, de faire passer un message aux hommes, aux médias, et à la communauté internationale ».

Une volonté d’humilier les femmes

Eiman dénonce aussi l’hypocrisie de l’annonce du président soudanais alors que près de cinquante étudiantes ont été arrêtées jeudi 7 mars. Elle estime d’ailleurs que les forces de sécurité visent tout particulièrement les femmes.

« Les forces de sécurité ont commencé à arrêter des femmes dans la rue avant même que la manifestation ne commence. Certaines femmes d’ailleurs étaient juste des passantes, elles n’allaient pas manifester. Certaines ont même été arrêtées devant chez elles », témoigne-t-elle.

« Je pense qu’il y a une volonté d’humilier les femmes. Certaines étudiantes ont eu leur foulard qu’elles portent sur la tête arraché par les forces de l’ordre ; on a également coupé les cheveux de certaines qui étaient en détention. Tout ça c’est une façon d’humilier les femmes de ce pays, de leur faire peur et de dire aux hommes, on a violenté vos femmes ».

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.