Crash d'Ethiopian Airlines: de l'émotion et de multiples interrogations

Sur les lieux du crash du Boeing 737 MAX d'Ethiopian Airlines, le 10 mars 2019.
© REUTERS/Maheder Haileselassie

L'accident a fait 157 morts, de 35 nationalités différentes. Après la chute du vol ET302 d'Ethiopian Airlines, qui reliait Addis-Abeba à Nairobi au Kenya, l’émoi est important en Ethiopie où un jour de deuil national a été décrété par le Parlement pour ce lundi 11 mars. Et les premières questions se font jour alors même qu’Ethiopian Airlines a la réputation d’être une compagnie moderne et sûre. Tous ses Boeing 737 MAX vont désormais rester cloués au sol pour les besoins de l'enquête. L'une des boites noires de l'avion a été retrouvée ce lundi.

« Les spéculations, ce n'est pas bon. » C'est par cette phrase que le PDG d'Ethiopian Airlines a quasiment conclu sa conférence de presse, à son retour des lieux de l'accident. Sur place, l'appareil est en mille morceaux et le cratère impressionnant, preuve de la violence du choc. Pour autant, impossible de dire si un atterrissage forcé a été tenté ou non, explique Tewolde Gebremariam.

L’appareil a-t-il eu un problème technique ? Il avait pourtant effectué la nuit même un Johannesburg-Addis, arrivé vers 6h du matin. « L’avion est resté presque trois heures au sol, ce qui est largement suffisant, selon les critères des compagnies aériennes, pour effectuer les vérifications d’usage. C’est un avion tout neuf, qui nous a été livré par Boeing en novembre 2018 », détaille le patron de la compagnie.

Un avion en « parfait état »

S’il est pour l’instant impossible pour Ethiopian Airlines de « déterminer les causes de l’accident », l’entreprise affirme que « d’après les relevés en [sa] possession, l’avion était en parfait état, parfaitement entretenu et ne présentait aucun problème technique ».

Et la première interrogation qu’on a, c’est sur ce modèle Boeing 737 MAX. C’était le dernier né de cette lignée, commercialisé depuis 2017 seulement. Or, le 29 octobre 2018, un appareil du même type appartenant à la compagnie indonésienne Lion Air s’était abîmé en mer près de Jakarta, là encore, quelques minutes après le décollage. La Chine a d’ailleurs décidé de suspendre à partir d’aujourd’hui les vols de ses 800 MAX. Ethiopian Airlines, qui possède six autres avions de ce type, a également décidé d'immobiliser tous ses avions.

Le pilote – un Kényan-Ethiopien avec plus de 8 000 heures de vol à son actif – a lancé un appel de détresse et demandé à faire demi-tour, mais on ne sait pas pourquoi. Selon le site spécialisé Flightradar24, son accélération au moment de la prise d'altitude, donc juste après le décollage, était « instable ».

L'analyse des enregistreurs de vol – les fameuses boîtes noires – sera déterminante. Des enquêteurs américains et peut-être français devraient participer aux investigations. A la suite de l'accident du premier 737 MAX de Lion Air le 29 octobre 2018, écrit l'AFP, la communauté aéronautique s'était interrogée sur le manque d'information des compagnies et des pilotes sur son nouveau système anti-décrochage. La fédération des pilotes américains avait alors mis en lumière un problème d'informations erronées des capteurs d'incidence (AOA, Angle of Attack sensor) « qui pourraient être le système causal de l'accident de Lion Air ». Un dysfonctionnement sur les AOA peut conduire l'ordinateur de bord, pensant être en décrochage, à mettre l'appareil en piqué alors qu'il faudrait au contraire le redresser.

Les Ethiopiens unis dans la tristesse

En attendant, les Ethiopiens font face à la catastrophe. « C'est la plus difficile des missions journalistiques qu'on m'ait demandée », témoigne ainsi le correspondant de l'agence Xinhua. « On n'a pas vu de corps mais des bouts de corps », raconte avec horreur un autre reporter local, qui s’est rendu sur les lieux du crash en fin de journée.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux Ethiopiens présentent leurs condoléances. On sent un immense choc mais pas ou très peu de polémiques, pour le moment. Une sorte d’union nationale, portée par le Premier ministre qui s'est adressé à la télévision nationale.

Le compte Twitter de la primature en a sorti deux photos noir et blanc, avec un Abiy Ahmed au visage triste. Comme en écho à cette femme immortalisée dans sa douleur infinie le matin par un photographe d'Associated Press alors qu'elle hurle la perte de son fils.

L'émotion est d'autant plus grande ici qu'Ethiopian Airlines est un joyau national. Beaucoup d’Ethiopiens défendent la plus grande compagnie du continent, comme pour empêcher des amalgames sur la qualité des compagnies aériennes du continent africain.

On a affaire à une compagnie africaine qui n’a pas les scories que peuvent avoir bien souvent les compagnies subsahariennes. […] Ce qui la différencie, c’est un extrême sérieux.

Crash du Boeing 737 MAX d'Ethiopian Airlines
11-03-2019 - Par Patricia Lecompte

L’ONU en deuil

Les Nations unies ont perdu 22 employés. La plupart devaient participer à la 4e assemblée des Nations unies pour l'environnement organisée à partir de ce lundi à Nairobi. La séance s'est ouverte dans une ambiance de deuil. Avant l’ouverture des débats, les participants se sont levés, certains en pleurs, pour rendre hommage à leurs collègues emportés par le drame.

Alors que la catastrophe est survenue dans son pays, Fekadu Beyene, commissaire éthiopien à l’environnement, a salué la mémoire des disparus : « J’étais à l’aéroport d’Addis-Abeba, en route pour Nairobi, quand j’ai appris cet accident tragique. L’avion transportait des participants à notre assemblée. Au nom du groupe africain et de mon gouvernement, j’exprime mes condoléances les plus sincères, aux victimes et à leurs proches. Que leurs âmes reposent dans la paix éternelle. »

Chaque orateur a présenté ses condoléances aux employés du PNUE, du HCR, de la FAO ou encore du PAM qui ont été tués. Ion Cimpeanu, secrétaire d’Etat au ministère roumain de l’Environnement s’est exprimé au nom de l’Union européenne : « Nous sommes attristés par les circonstances tragiques qui touchent cette réunion. Beaucoup étaient en route pour ce sommet, avec la volonté de faire une différence et ajouter leurs voix à notre appel en faveur d’une action urgente face aux défis actuels de notre environnement. Leur absence rend notre responsabilité encore plus grande, pour faire de cette réunion, un succès. »

Dans les allées de l’immense complexe onusien situé au nord de Nairobi, les drapeaux des pays membres, qui flottent d’habitude dans l’allée ont été retirés. Seule restait la bannière bleue de l’ONU, hissée à mi-mât.

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