Présidentielle aux Comores: un scrutin aux multiples inconnues

Des partisans de la Convention pour le renouveau des Comores (CRC), parti du président Azali Assoumani, pendant la campagne pour la présidentielle, à Koimbani, sur l'île de la Grande Comore, le 18 mars 2019.
© YOUSSOUF IBRAHIM / AFP

Les électeurs de l'archipel des Comores sont appelés aux urnes ce dimanche 24 janvier pour le premier tour de l’élection présidentielle. Douze candidats sont opposés au président sortant Azali Assoumani qui a annoncé ce scrutin anticipé à la suite du référendum constitutionnel de juillet dernier. 308 000 électeurs pour 731 bureaux de vote répartis sur trois îles. Plus d’une cinquantaine d’observateurs internationaux de l’Union africaine, de l’OIF, de la Ligue arabe ou encore du Comesa ont fait le déplacement et se rendront dans les bureaux de vote tout au long de cette journée.

En 2021, les Comoriens auraient dû élire un président issu de l’île d’Anjouan sans le référendum encore très décrié de juillet dernier qui a changé tout le calendrier électoral. Ces nouveautés profitent en premier lieu à l’actuel président qui après trois ans de mandat peut encore briguer deux quinquennats consécutifs, alors que la Constitution initiale prévoyait que la présidence soit tournante tous les cinq ans entre les îles.

Le mode de scrutin a également changé puisque seule l’île qui héritait de la présidence votait au premier tour et il fallait attendre le second tour pour que l’ensemble des électeurs du pays se prononcent. Aujourd’hui, les trois îles voteront et si un candidat devait dépasser les 50% de suffrages, il serait alors élu président sans donner lieu à un second tour.

Azali contre les autres

Le chef de l’Etat Azali Assoumani, candidat à sa propre succession, en a fait un slogan : « un seul jour - un seul tour » amplifiant la méfiance de ses adversaires qui craignent une fraude électorale. L’île d’Anjouan compte seulement 25% d’électeurs de moins que la Grande Comore de quoi faire basculer une élection nationale.

Car cette élection, c’est un peu Azali contre les autres. Le président sortant est face à une opposition qui n’a pas proposé de candidat unique, mais qui promet de s’unir au second tour. Les adversaires du président l’accusent d’avoir tout préparé pour l’emporter : utilisé les moyens de l’Etat, emprisonné ou mis en résidence surveillée les personnalités politiques gênantes, et fait invalider les candidatures dangereuses.

La crainte de fraudes

L’opposition soupçonne aussi le ministre de l’Intérieur de préparer une fraude massive pour passer dès le premier tour. « Je laisse les mensonges mourir de leur propre poison », a répondu Mohamed Daoudou avec dédain.

En effet, la majorité nie en bloc. Selon elle, les prisonniers seraient le fait de décisions prises par une justice indépendante et si des deniers publics ont été détournés pour la campagne, « que l’opposition le prouve », explique le parti présidentiel CRC.

En tout cas difficile de faire la moindre estimation quant au résultat. Tous les candidats viennent de Grande Comore où les votes pourraient se diviser. Certains présentent Maître Mahamoud Ahamada, soutenu par le parti Juwa, comme l’adversaire le plus sérieux du président Azali. L’avocat est pourtant un novice en politique. « Leur mouvement est fort à Moroni, mais pas dans l’arrière-pays. Des dissidents du Juwa sont candidats et vont émietter leurs voies », confie un membre de la majorité. On dit que la victoire se jouera à Anjouan, la deuxième île du pays, où l’opposition est forte. La question c’est de savoir jusqu’à quel point.

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