Mali: de nombreuses questions demeurent après le massacre d’Ogossagou

Le village d'Ogossagou, dans le centre du Mali.
© RFI

Le Mali est toujours sous le choc 48 heures après l'attaque par des hommes non identifiés d'un village peul du centre du pays qui a fait 160 morts et des dizaines de blessés. En réponse, le gouvernement a limogé le chef d'état-major général des armées, celui de l'armée de Terre et de l'Air, mais de nombreuses questions perdurent sur les raisons de ce massacre.

L’identité des assaillants n’est toujours pas connue ce lundi 25 mars au soir. Depuis samedi, les regards se tournent cependant vers la milice dogon Dan Nan Ambassagou. Le gouvernement a annoncé sa dissolution, ce qui équivaut à une forme d’accusation. L'association peule Tabital Pulaaku désigne, elle aussi, clairement les hommes de cette milice d'autodéfense, milice qui a nié toute implication.

La piste d’autres auteurs n’est pas écartée. Ce qui interroge notamment c'est le choix de ce village. Est-ce parce qu'il abritait un camp informel de désarmement d'anciens combattants jihadistes ? Dans ce cas, pourquoi s'en prendre à des repentis et à un marabout qui était aussi en disgrâce avec les jihadistes ? Ce qui fait peu de doutes, c'est la volonté de perpétrer un massacre de grande ampleur. L’attaque n'a pas été revendiquée, mais c'est très rarement le cas dans pareil conflit communautaire.

Une tolérance bienveillante de l'Etat ?

Ce qui étonne, c'est la soudaine réaction de fermeté du gouvernement à l’égard de Dan Nan Ambassagou. L’association a vu le jour fin 2016, et ce n'est pas la première fois que ses hommes sont pointés du doigt. L'association n'a jamais caché qu'elle avait un chef militaire, Youssouf Toloba, et que c'était donc un groupe d'autodéfense. Trois jours avant l'attaque, Dan Nan Ambassagou avait d'ailleurs annoncé dans un communiqué sa décision de commencer les patrouilles dans la région pour sécuriser les populations. Pourquoi Bamako n’a-t-il donc pas réagi plus tôt ?

Une partie de la réponse se trouve peut-être dans les relations entre cette milice et l'armée. Les chasseurs dogons ont toujours affirmé soutenir l'Etat, pour des questions pratiques. Des contacts existent entre les soldats qui ne sont pas natifs de la zone et les chasseurs, certains observateurs n'hésitent pas à parler de tolérance bienveillante même si, il y a un an, les autorités ont démenti tout lien dans un communiqué signé du gouverneur de Mopti. « L'armée n'a ni armé, ni équipé des Dozos contre qui ce soit », disait le texte. Dans ce communiqué, Bamako affichait déjà sa volonté de désarmer toutes les milices. Noir sur blanc, il était écrit que toute personne trouvée en possession d'arme de guerre serait purement et simplement désarmée de force et traduite en justice.

Une opération de désarmement qui s'annonce compliquée

Compte tenu de la faiblesse de l’Etat dans le centre du pays, l’opération pour dissoudre et désarmer cette milice s’annonce compliquée. Il faut des renforts militaires, des patrouilles. Mais l'armée, qui vient de perdre il y a quelques jours 26 de ses hommes dans l'attaque de son camp à Dioura, dans le centre, est-elle en mesure d'aller chercher et convaincre ceux qui n'ont pas rendu les armes ? Voire de s'opposer à eux ?

Le président de la commission DDR (Désarmement, démobilisation, réinsertion) assure que le cantonnement va débuter la semaine prochaine dans le centre du pays. Selon Zahabi ould Sidi Mohamed, depuis janvier, 1 500 hommes se seraient déjà enregistrés, jihadistes et chasseurs confondus. L'avenir dira si la volonté de désarmer les combattants dans cette région du centre ira au-delà de la fermeté que les autorités se devaient d'afficher ce week-end. Pour Yvan Guichaoua, chercheur à l’Université du Kent, la solution passe par une véritable inflexion politique et pas seulement par un changement au sommet de l'état-major de l'armée, comme celui opéré par le pouvoir ce week-end.

Je condamne fermement ces crimes et appelle toutes les parties concernées à s'abstenir de recourir à la violence. Mon bureau est en contact étroit avec les autorités maliennes [...]. Il prendra toutes les mesures qui s'imposent en complémentarité avec le système de justice pénale du Mali afin de veiller à ce que ceux qui ont participé ou contribué à ce qui semble être des crimes abominables susceptibles de relever de la compétence de la Cour pénale internationale fassent l'objet d'une enquête et de poursuites...

Fatou Bensouda, procureure de la Cour pénale internationale, condamne ces massacres
25-03-2019 - Par Clémentine Pawlotsky

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