Algérie: l'armée en arbitre, la méfiance des opposants et de la rue

Une manifestation d'avocats demandant la démission du président Abdelaziz Bouteflika, le 23 mars à Alger.
© REUTERS/Ramzi Boudina

En Algérie, le chef d'état-major des armées a recommandé, mardi 26 mars, d'engager la procédure qui permettrait de destituer le président Bouteflika. En proposant la mise en œuvre de l'article 102 de la Constitution, Ahmed Gaïd Salah confirme que le chef de l'Etat actuel perd l'un de ses soutiens les plus importants. Une annonce surprenante mais qui n’a pas convaincu dans le pays.

Les déclarations d'Ahmed Gaïd Salah n’ont pas soulevé une vague de satisfaction dans le pays. D’abord, si l’application de l’article 102 de la Constitution permet le départ du président Abdelaziz Bouteflika, il ne propose pas de conditions particulières pour une transition. Parmi les critiques : avec l’état d’empêchement et avec l’organisation d’élection dans les quatre mois à venir, on change le président de la République, mais on ne change pas le système politique, alors que les demandes des manifestants ont évolué depuis le début du mouvement.

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Autre réticence, c’est celle liée au fait que le chef d’état-major, et donc l’armée, n’ont pas de rôle prévu dans la Constitution pour prendre cette décision. Il y avait donc cette crainte, lundi, que l’armée ne reprenne les rênes du jeu politique.

Le général Ahmed Gaïd Salah a pris cette décision parce que la pression de la rue était très importante. Cinq vendredis de manifestations d’affilée, des manifestations qui rassemblent au moins des centaines de milliers de personnes dans les grandes villes du pays et qui mobilisent la population dans le calme, du nord au sud, et d’est en ouest. C’est inédit, et surtout cela s’est passé dans le calme.

L’armée, arbitre de la crise

Ahmed Gaïd Salah a expliqué, dans sa déclaration, qu’il estimait que si les manifestations se poursuivaient, il pouvait y avoir des risques pour la stabilité du pays. Mais surtout en parallèle, le camp des soutiens du président Abdelaziz Bouteflika, lui, se fissure. Les chefs d’entreprise, les organisations liées à l’histoire de la guerre d’indépendance des membres du FLN, le premier parti du pays, tous ces gens étaient censés être des soutiens indéfectibles du président, mais ils ont affirmé leur soutien au mouvement populaire.

C’est d’ailleurs le cas du RND, principal allié du pouvoir en place, qui, ce mardi matin, a demandé la démission du président Bouteflika dans un communiqué envoyé aux journalistes dans le but de « faciliter la période de transition ». Pourtant le RND, c’est le parti d’Ahmed Ouyahia, l’ancien Premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika en poste jusqu’au 11 mars dernier. Il avait par ailleurs occupé trois fois ce poste depuis 2013. C’est donc un fidèle du président. Le RND n'est d'ailleurs pas le seul, à s'être rallié à la position de l'armée. Ce mercredi après-midi, la centrale syndicale officielle, l’UGTA a déclaré son soutien à l’appel du chef d’état-major. 

Le FLN soutient désormais l'armée

Une position désormais également partagée par le FLN. Le parti au pouvoir voit dans cette approche du chef d'état-major un début de solution qui permettra de sortir de la crise politique actuelle. « Nous annonçons notre soutien à cette initiative, début d'un plan constitutionnel qui nous permettra de protéger le pays des dangers », précise-t-il.

Cela signifie que la pression est trop forte pour rester aux côtés du chef de l’Etat. La pression populaire d’abord. Cette pression de la rue pousse aussi les partis d’opposition à prendre position comme le parti des Travailleurs qui vient d’annoncer la démission de ses 11 deputés du Parlement. L’appel du chef-d’état major, qui est un fidèle du chef de l’état va probablement accélérer les défections du camp du président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999.

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■ Empêchement ou démission ?

La solution pour le général Ahmed Gaïd Salah, c'est donc l'activation de l'article 102 de la Constitution. Ce qui donne deux scénarios possibles.

Première option : le Conseil constitutionnel suit la proposition du chef d'état-major qui ressemble fort à une injonction d’ailleurs. Il constate, notamment grâce à des avis médicaux, à l'unanimité que le président Bouteflika est inapte. Le Conseil propose alors au Parlement de déclarer l’état d’empêchement. Une décision qui doit être prise à la majorité des deux tiers par les deux chambres réunies. Une fois cet état d'empêchement adopté, l'intérim est confié au président du Conseil de la nation, l'équivalent du Sénat, pour une durée maximale de quarante-cinq jours. Si au bout de ces quarante-cinq jours le président est toujours inapte, alors le Parlement déclare la vacance définitive et des élections doivent être organisées dans les quatre-vingt-dix jours.

Deuxième option : celle proposée par d'autres fidèles du président Bouteflika ce mardi, c'est la démission. Dans ce cas, la procédure est un peu plus rapide. Le Conseil constitutionnel constate immédiatement la vacance définitive du pouvoir. Le président du Sénat prend les rênes du pays pour une durée de quatre-vingt-dix jours maximum. Trois mois au cours desquels des élections doivent être organisées.

Le problème, c'est que, dans les deux cas, l'intérim est assuré par le président du Sénat. Une personnalité « du régime ». Ce que les manifestants récusent depuis plus d'un mois.

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