Algérie: comment l’armée a précipité la chute du président Bouteflika

Les Algériens célèbrent la démission du président Bouteflika, à Alger, le 2 avril 2019.
© REUTERS/Ramzi Boudina

L’Algérie tourne la page de la présidence d’Abdelaziz Bouteflika. Après vingt années passées au pouvoir, le chef de l’État quitte son poste à effet immédiat. Après six semaines de manifestations dans tout le pays, cette démission a été accélérée par les déclarations de l'armée.

L’armée algérienne a précipité la démission du président Bouteflika. Le 26 mars, puis le 30 mars, le chef d’état-major avait affirmé que la solution de la crise se trouvait dans l’application de l’article 102 de la Constitution, dans le processus d’empêchement du président. Le coup est dur puisqu'à partir de ce moment, des piliers du régime lâchent peu à peu le président sortant. C'est le cas de l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia par exemple, un proche parmi les proches.

Quelques jours plus tard, une rencontre a lieu entre l’ancien président Liamine Zéroual et l’ancien chef du renseignement, le très puissant Mohamed Mediène, dit Toufik. Liamine Zeroual affirme qu’on lui propose alors de prendre la tête de la transition et que l’initiative est connue de Saïd Bouteflika, le frère du président.

L’étau se resserre sur le clan Bouteflika

Dans la nuit, Ali Haddad, homme d’affaires à la tête du patronat, très proche de Saïd Bouteflika, est arrêté à la frontière tunisienne. La justice lance des enquêtes préliminaires et des procédures d’interdiction de sortie du territoire contre plusieurs hommes d’affaires proches du frère du président. Lundi, les proches du président tentent alors un dernier mouvement, en annonçant la démission du président d’ici le 28 avril, soit dans quatre semaines. Le temps de prendre des mesures pour assurer la continuité des institutions pendant la transition, selon la lettre.

Mauvaise réponse, estime l’armée. Ce mardi, les plus hauts responsables militaires se réunissent et publient un communiqué virulent. Ils refusent de reconnaître la lettre publiée la veille et demandent l’application immédiate du processus d’empêchement d’Abdelaziz Bouteflika. Le ton se fait particulièrement menaçant envers les hommes d’affaires et Saïd Bouteflika.

Il ne faut alors plus que quatre-vingt-dix minutes pour que les médias officiels annoncent la démission du président, au pouvoir depuis vingt ans, et dont les manifestants demandaient, par centaines de milliers, le départ depuis plus de six semaines.

Une démission télévisée

Ensuite, les images de cette démission ont été diffusées à la télévision officielle vers 22h30. Abdelaziz Bouteflika, assis sur son fauteuil roulant et très affaibli, est entouré d’Abdelkader Bensalah, le président du Conseil de la nation et de Tayeb Belaiz, le président du Conseil constitutionnel à qui le président remet un document. C’est l’image qu’il fallait pour prouver que l’annonce faite un peu plus tôt dans la soirée était bien vraie.

Depuis l’annonce de cette démission du président, au pouvoir depuis 1999, des rassemblements se sont formés dans différentes villes du pays. A Alger, dans le centre-ville, des centaines de personnes se sont réunies. Pour ces Algériens, il y a à la fois beaucoup de joie et de la gravité. Beaucoup estiment que ce n’est qu’une première étape. Et le slogan reste toujours : « Il faut qu’ils partent tous ».

Il faut que tout le gouvernement parte. On n'attend pas que le départ de Bouteflika.

Paroles d'Algériens après la démission du président Bouteflika
03-04-2019 - Par Léa-Lisa Westerhoff

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