Libye: qui sont les milices qui tiennent Tripoli?

Un membre des forces de Misrata, sous la protection des forces de Tripoli, en position, près d'un camp militaire de Tripoli, le 9 avril 2019.
© REUTERS/Hani Amara

Depuis jeudi 4 avril, le maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'est de la Libye, a lancé une offensive. Ces affrontements visent Tripoli, qui abrite le siège du gouvernement d'union nationale, soutenu par la communauté internationale. Le bilan de ces violences s'est alourdi : les combats ont fait 47 morts, selon l'Organisation mondiale de la santé.

Les combats se sont concentrés sur deux localités proches de la capitale. Difficile d'évaluer quelle faction prend le dessus. Certaines sources décrivent une situation volatile. « Il y a une myriade de groupes armés qui défendent leurs propres intérêts, le tout avec des armes lourdes », à une quinzaine de kilomètres de Tripoli, indique une source. Les deux camps se livrent à une guerre de communication sur les réseaux sociaux. Chaque état-major estime faire des « avancées » sur le terrain.

Sur leur passage, les différentes milices qui s'affrontent ont détruit des écoles, des infrastructures publiques, mais aussi des hôpitaux.

Pas de répit pour les civils en Libye
10-04-2019 - Par Bineta Diagne

Lundi soir, la bataille s'était concentrée autour d'un point stratégique, l'aéroport de Mitiga, situé dans la banlieue est de la ville, sur lequel les forces loyales au maréchal Haftar ont lancé un raid aérien. L'attaque n'a pas fait de victimes, mais le site a été évacué. Ce mardi, l'aéroport a pu être rouvert uniquement aux vols nocturnes.

En parallèle au conflit armé, on a assisté à des joutes verbales. Sur le plan diplomatique, les condamnations et les appels à cesser les violences se multiplient. Michelle Bachelet, la haute-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, exhorte toutes les parties à respecter « leur obligation, en vertu du droit international, de garantir la protection des civils et des infrastructures civiles ».

En raison des combats, l'émissaire de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, a annoncé mardi le report sine die de la conférence nationale interlibyenne prévue du 14 au 16 avril dans le centre-ouest du pays.

Qui sont les forces qui contrôlent Tripoli ?

Quatre grandes milices assurent le contrôle de la capitale libyenne, selon les chercheurs. Des groupes armés qui ont combattu Mouammar Khadafi en 2011, implantés à Tripoli depuis.

Selon le spécialiste de la Libye Jalel Harchaoui, l'idéologie révolutionnaire et islamiste qui caractérisait ces groupes s'est peu à peu effacée au profit de chefs sans idéologie politique, mais intéressés exclusivement par le contrôle des ressources financières dans la capitale.

► À écouter aussi : Quelles sont les ambitions du maréchal Haftar ?

C'est au nom de l'accès à ces ressources et de la possibilité de s'enrichir que depuis toujours ces milices tolèrent le gouvernement d'union nationale plus qu'elles ne le soutiennent.

Mais jusqu'à il y a peu, ces milices offraient un visage particulièrement fragmenté, divisé avec des conflits récurrents entre elles. Une donne qui a subitement changé avec l'offensive lancée par l'homme fort de l'est du pays jeudi dernier.

Face à l'attaque du maréchal Haftar, ces groupes ont constitué un front commun inédit et assez efficace. Reste à voir combien de temps cette union de circonstance va tenir dans cette lutte de pouvoir autour du contrôle de la richissime Tripoli.

La puissance militaire et sécuritaire qui parvient à protéger Tripoli, c'est un ensemble de quatre grandes milices.

Jalel Harchaoui, chercheur à l’Institut Clingendael de La Haye, spécialiste de la Libye
10-04-2019 - Par Léa-Lisa Westerhoff


■ Pour le HCR, les conditions des migrants sont « atroces et inadmissibles »

Le haut-commissaire aux réfugiés Filippo Grandi était au siège de l’ONU, ce mardi, pour faire un point sur la situation des migrants et des réfugiés dans le monde. Filippo Grandi s’est particulièrement inquiété de l’impact des combats en Libye où de nombreux déplacés sont retenus dans des centres de détention dans des conditions qu’il a qualifiées « d’atroces et d’inadmissibles ».

La sécurité a toujours été très précaire en Libye, mais ces dernières semaines, les conditions sécuritaires nous mènent au bord du précipice. Nous avons réduit nos effectifs, comme le reste des Nations unies. Nous ne quittons pas le pays, nous ne souhaitons pas partir. Si possible nous resterons sur place, mais notre travail est extrêmement difficile et dangereux.

Filippo Grandi, haut-commissaire aux réfugiés des Nations unies
10-04-2019 - Par Marie Bourreau

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