Des manifestants toujours plus nombreux pour réclamer le départ d’Omar el-Béchir

Plusieurs dizaines de milliers de manifestants réclament le départ du président Omar el-Béchir, à Khartoum, le 9 avril 2019.
© Sudan Congress Party/via REUTERS

Des milliers de Soudanais ont manifesté ce mardi pour la 4e journée consécutive devant le quartier général de l’armée à Khartoum. Ils manifestent depuis décembre pour demander la démission du président Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 30 ans. Mais depuis samedi, ces rassemblements ont pris une nouvelle tournure, ils se sont transformés en « sit-in » devant le complexe qui abrite le siège du ministère de la Défense, non loin de la résidence du chef de l’État. Selon des manifestants, des membres de l’armée se seraient interposés entre la population et la police pour protéger les civils.

Depuis samedi, les manifestations au Soudan sont entrées dans une nouvelle phase. Déjà parce que c’est la première fois que des protestations rassemblent autant de monde en trente ans de règne d’Omar el-Béchir. Ensuite parce que l’armée semble leur apporter du soutien.

Dopés par la contagion démocratique venue d'Algérie et suite à un nouvel appel de l'Association de professionnels soudanais, de nouveaux manifestants ont afflué mardi 9 avril au matin vers le centre-ville de Khartoum, bravant l'interdiction de manifester imposée par l'état d'urgence.

Ils ont rejoint celles et ceux qui sont campés depuis déjà quatre jours devant le quartier général de l’armée. Ce sont dorénavant plusieurs dizaines de milliers de contestataires qui occupent les lieux et s’affichent décidés à y rester jusqu’au départ du chef de l’État.

Ils appellent l'armée à rejoindre leur mouvement. Pourquoi l’armée ? Parce que jusqu’à présent celle-ci n’a pas participé à la répression contre ces manifestations. Cette répression violente est menée par le puissant Service de renseignement et par les forces de police anti-émeute. D’ailleurs cette nuit et pour la troisième nuit consécutive, les forces de police – accompagnée de milices – ont tenté de déloger les manifestants qui dorment devant le QG de l’armée.

Quel est le positionnement de l'armée ?

Selon les organisateurs de ce mouvement, il y a d’ailleurs eu sept morts et une vingtaine de blessés. Et selon des manifestants, des membres de l’armée se seraient interposés entre la population et la police pour protéger les civils. L'armée a ouvert les portes du complexe militaire pour protéger les manifestants. Des militaires ont également tiré en l'air pour repousser les forces sécuritaires.

Aujourd'hui, il y a eu une réelle fusion entre les manifestants et l'armée. L'armée a fait face à l'assaut mené par les milices du régime afin de disperser le rassemblement. C'était à 3h40 heure de Khartoum, ce matin. Ces milices ont utilisé le gaz lacrymogène, les bombes sonores et les balles réelles. Ils étaient à bord de plus de 70 véhicules pick-up Tatcher. L'armée est intervenue après avoir eu deux soldats blessés. Elle a totalement défendu les manifestants. Je me trouve depuis hier sur la place de rassemblement. Je vois systématiquement un officier porté sur les épaules par la foule. Ce sont de petits officiers, le plus gradé que j'ai pu voir est un lieutenant-colonel. Ces officiers sont tous réclamés maintenant par la justice militaire, parce qu'ils ont désobéi aux ordres, frappé les milices et rejoint les manifestants. Ils sont en désobéissance pour le régime.

«Aujourd'hui, il y a eu une réelle fusion entre les manifestants et l'armée»
09-04-2019 - Par Houda Ibrahim

La hiérarchie de l’armée n’a en revanche pas encore apporté de réponse à l'appel lancé la veille par l'opposition, qui souhaite discuter directement avec elle des modalités d'une transition.

La question est donc sur le positionnement de l'armée qui aujourd'hui envoie des messages contradictoires. D’un côté donc le ministre de la Défense disait lundi que « les forces soudanaises ne laisseront pas le pays sombrer dans le chaos ». De l’autre, le chef d'état-major de l'armée, affirme lui que l’armée va « continuer à protéger les citoyens ».

Et autre dénouement important ce mardi après-midi, le chef de la police qui a demandé a ses forces de ne pas intervenir contre les manifestants. Que veulent dire toutes ces déclarations ? Que l’armée et la police sont en train de se rapprocher des manifestants ? Et ce alors que les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Norvège ont appelé aujourd'hui à un « transfert pacifique du pouvoir ».

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Les forces fidèles à Béchir

Mais, jusqu'à preuve du contraire, le président Béchir peut toujours compter sur la loyauté du commandement de l'armée, même si certaines unités sont en mutinerie ouverte depuis lundi.

Mais il peut s'appuyer surtout sur le puissant National Intelligence and Security Service, la police secrète pour être plus clair. En vêtements civils, ce sont ses hommes qui circulent dans ces pick-up blancs redoutés par les manifestants. Son chef, en lien avec la présidence, est le très craint Salah Gosh, un homme qui ne cache pas ses ambitions, et qui dispose de quelques commandants fidèles. Mais dont la loyauté, disent plusieurs chercheurs, dépendra surtout de la suite des événements.

Tous en tout cas partagent au moins l'idée que le pouvoir ne doit pas échapper aux militaires, et surtout pas aux tribus arabes du Nord, celles des dirigeants actuels.

Mais Omar el-Béchir s'appuie également sur la Force de soutien rapide, la FSR, une milice supplétive formée en 2013 d'anciens miliciens janjawids. Dirigé par un chef à la sombre réputation, Mohamed Hamdan, dit Hemeti, il est surtout composé d'Arabes du Darfour et d'anciens rebelles de l'Ouest. Ce sont ses soldats, en uniformes camouflage beige, qui ont servi depuis trois ans à faire la police aux frontières contre les migrants.

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