Soudan: l’armée promet un «gouvernement civil» et «ne livrera pas» el-Béchir

La grande prière du vendredi s'est tenue devant le QG de l'armée à Khartoum pour des milliers de manifestants, le 12 avril 2019.
© REUTERS/Stringer

Au Soudan, Omar el-Béchir est tombé, mais cela ne suffit pas pour les milliers de manifestants toujours rassemblés à Khartoum devant le QG de l'armée. Les Soudanais descendus dans les rues ne veulent pas du conseil militaire mis en place pour la transition. Le nouveau pouvoir promet le dialogue et un futur « gouvernement civil » et indique qu'Omar el-Béchir ne sera pas livré à la justice internationale. Vendredi soir, le chef du Conseil militaire de transition annonce sa démission et son remplacement par le général Abdel Fattah Abdelrahman Burhan.

Après la reprise en main, les promesses. Après avoir annoncé la mise en place d'un conseil militaire de transition contesté dès ce jeudi 11 avril, l'armée semble maintenant décidée à donner quelques gages de bonne volonté au peuple soudanais, toujours très mobilisé. Ce matin, un général, présenté comme le chef du comité politique militaire, a pris la parole lors d'une conférence de presse retransmise à la télévision.

L'armée promet désormais qu'un « gouvernement civil » sera mis en place, sans fixer d'échéance ni préciser sa composition exacte. On sait tout de même que le ministre de la Défense sera un membre de l'armée et que les militaires désigneront aussi le ministre de l'Intérieur. Pas de quoi convaincre les manifestants à ce stade, eux qui regardent les manœuvres de l'armée avec suspicion.

À l'instar de Mariam al-Mahdi, la fille de l'opposant Sadek al-Mahdi, chef du principal parti d'opposition Oumma : « Les forces armées ne sont pas censées gouverner. Les forces armées sont censées protéger le peuple. Nous connaissons les coups militaires. Omar el-Béchir lui-même est arrivé au pouvoir après un coup d'État militaire et il est resté au pouvoir pendant trente ans. Aujourd'hui, notre pays est divisé. Il y a des troubles sociaux, des conflits intercommunautaires et des affrontements partout au Soudan. Notre économie est en grande difficulté. Donc, nous ne voulons plus d'un régime militaire. Les forces armées ne doivent pas diriger l'État, elles doivent protéger l'État. »

Pas de CPI pour el-Béchir

Le conseil militaire aux commandes depuis vingt-quatre heures a, en outre, promis d'engager un dialogue avec « toutes les entités politiques » du pays. Une première rencontre devrait avoir lieu dès cet après-midi. Mais impossible pour l’instant de savoir qui doit y prendra part, et si l'opposition choisira de parler avec les militaires.

Par ailleurs, les principaux chefs de l'armée ont confirmé vendredi lors de cette conférence de presse qu'Omar el-Béchir était en détention mais qu'il ne serait pas « livré à l'étranger ». En 2009, la Cour pénale internationale (CPI), basée à La Haye, a lancé un mandat d'arrêt contre Omar el-Béchir pour crimes de guerre et contre l'humanité lors de la guerre au Darfour qui a fait près de 300 000 morts, ajoutant en 2010 l'accusation de génocide. Mais malgré près de 150 voyages d'États, Omar el-Béchir n'a jamais été inquiété à l'étranger.

L'ONG Amnesty International a appelé à « remettre » Omar el-Béchir à la CPI afin qu'il soit jugé pour ses « crimes innommables ».

La promesse d'un futur «gouvernement civil» rejetée par la rue

La grande prière du vendredi s'est tenue à Khartoum devant ce même QG de l'armée pour des milliers de manifestants. Ils sont bien décidés à poursuivre leur mobilisation jusqu'à l'obtention d'un « véritable changement de régime ». Ils dénoncent l'ingérence des militaires dans les affaires politiques.

Ce gouvernement « civil » promis par l'armée, ils n'y croient pas. D'autant plus que le conseil militaire aux commandes a d'ores et déjà précisé que le ministre de la Défense serait un militaire et que l'armée participera à la nomination du futur ministre de l'Intérieur.

Comme expliquait un manifestant au téléphone : impossible d'accepter des membres du gouvernement qui ont participé au régime d'Omar el-Béchir, car ils font partie des personnes qui ont réprimé les manifestations ces dernières années.

L'objectif des contestataires : obtenir un gouvernement de transition avec de nouvelles figures inconnues du régime, un gouvernement de technocrates

. Le conseil militaire aux commandes promet pourtant d'engager un dialogue avec «toutes les entités politiques».

Face à la suspicion des Soudanais, le ton se veut en tout cas apaisant, même si l'armée assure qu'elle ne permettra « aucune atteinte à la sécurité ».

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