La justice sud-africaine ouvre la voie à un procès des assassins de Karegeya

Enterrement à Johannesburg de Patrick Karegeya, l'ancien chef des services secrets du Rwanda, le 19 janvier 2014.
© RFI/Alexandra Brangeon

Les auteurs du meurtre de Patrick Karegeya, l’ex-chef des services secrets rwandais, pourraient être bientôt poursuivis. Un juge sud-africain a renvoyé jeudi 18 avril le dossier au parquet pour l’ouverture de poursuites judiciaires. Karegeya avait été retrouvé étranglé le 1er janvier 2014 dans un hôtel de luxe de Johannesburg. Jusqu’à présent, le parquet sud-africain n’a jamais engagé de poursuite.

C’est une petite victoire pour la famille Karegeya, cinq ans après le meurtre de l’ancien chef des services secrets rwandais. La justice sud-africaine a conclu que ces tueurs présumés étaient connus et a transmis le dossier au parquet.

Le juge s’est appuyé sur une déclaration publiée par le policier en charge de l’enquête. Celui-ci explique que les tueurs présumés ont été identifiés dès 2014 et ont quitté le pays aussitôt après avoir commis le crime, ajoutant que les suspects sont directement liés au gouvernement rwandais. Il admet aussi son incapacité à les poursuivre à l’époque.

« Nous avons lu cette déclaration et nous avons trouvé les justifications très faibles, a estimé Gerrie Nel, l’un des avocats de la famille Karegeya. Les enquêteurs nous ont indiqué que malgré le fait qu’ils savaient qui sont les suspects, comment et quand ils avaient tué Patrick Karegeya, il était trop difficile de demander l’extradition. »

Faute de traité d’extradition entre l’Afrique du Sud et le Rwanda, les tentatives de localiser les suspects se sont avérées impossibles. La balle est donc dans le camp du parquet. « Si celui-ci ne lance pas de poursuites contre ces suspects, cela signifiera que l’Afrique du Sud est devenue un refuge pour assassins », a réagi l’un des avocats de la famille Karegeya.

En 2014, les enquêteurs avaient fait un rapport de l’affaire devant une commission parlementaire, ce qui fait craindre une interférence politique de la part de Pretoria. « Dans cette affaire, les assassins peuvent revenir sur le territoire sud-africain et il ne leur arrivera rien. Car il n’y a pas de mandat d’arrêt. Ils peuvent aller où ils veulent. Car nos services de police n’ont pas procédé à l’étape d’après, qui était de produire un mandat d’arrêt. »

Pour la veuve de Patrick Karegeya, le délai dans l’ouverture d’une enquête est signe que Kigali a fait pression sur Pretoria pour ralentir le dossier. L'ambassade rwandaise avait, à l'époque, démenti toute implication dans cet assassinat. Dans la foulée, le président Paul Kagame rappelait que « la trahison a des conséquences ». Mais l’affaire a envenimé les relations entre les deux pays qui, à l’époque, avaient rappelé leur ambassadeur respectif.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.