Le groupe EI revendique pour la première fois une attaque sur le sol congolais

Une voiture détruite par un tir de mortier attribué à une attaque des ADF, à Beni, le 11 novembre 2018. (Photo d'illustration)
© John WESSELS / AFP

Les autorités congolaises défendent depuis plusieurs années la thèse d’un lien entre l’organisation État islamique et la rébellion des ADF dans la région où se sont déroulées les attaques revendiquées par le groupe, même si jusqu’à présent aucune filiation n’a été formellement établie de source indépendante.

Dans deux messages successifs, publiés via son agence de presse officielle Amaq le 18 avril, le groupe EI fait état d’une attaque de l’armée congolaise par des « combattants de l’État islamique » à Kamango, près de la frontière avec l’Ouganda. Puis, avec plus de précision, il parle d’une « caserne attaquée dans le village de Bovata ». Aucun détail n’est donné sur la date mais un bilan est évoqué : trois soldats congolais tués et cinq autres blessés.

De sources militaires onusienne et congolaise, une attaque à bel et bien eu lieu dans la nuit de mardi 16 à mercredi 17 avril dans cette localité située à une dizaine de kilomètres de Kamango, contre une position de l’armée. Attaque qui a fait, selon l’ONU, deux morts parmi les militaires, un parmi les civils.

Les assaillants – non identifiés – « ont temporairement occupé » cette position, selon la Monusco, jusqu’à ce que l’armée congolaise la reprenne. La zone où a eu lieu l’attaque est l’une des cibles privilégiées des ADF, ce mouvement rebelle ougandais à l’origine, qui s’est implanté en RDC, habituellement discret et aux ramifications complexes. Pour le porte-parole de l’armée congolaise Mak Hazukai dans cette zone, ce sont eux qui sont derrière l’attaque en question et il est « trop tôt » pour se prononcer sur l’authenticité de la revendication par l’État islamique. Mais « si c’était avéré » selon lui, « ce ne serait pas une surprise ». Il affirme, comme d’autres sources sécuritaires, que l’armée détient des preuves que depuis des années les ADF se sont lancées dans opération de « séduction mondiale » envers l’État islamique. Raison pour laquelle ils revendiquent.

Il faut voir que l'agence de presse du groupe État islamique a fait cette publication deux jours plus tard. Donc, peut-être eux-mêmes n'avaient pas l'information de façon immédiate. Il est clair que l'État islamique aimerait qu'on pense qu'ils sont présents à l'est du Congo.

Jason Stearns du GEC, groupe d’étude sur le Congo de l’Université de New York
19-04-2019

La Monusco n'exclut aucune hypothèse

Plusieurs chercheurs indépendants qui travaillent sur les ADF appellent à la prudence, car ils n’ont jusqu’à présent jamais établi de véritable filiation entre les deux mouvements et n’excluent pas l’hypothèse d’une revendication « opportuniste ». Du côté des Nations unies, on dit être en train de vérifier de « travailler activement » sur la façon d’interpréter cette revendication prise au « sérieux », notamment car elle émane du canal officiel de l’EI. Mais on reste là aussi très prudent sur la réalité du lien entre les deux mouvements. On s’étonne par exemple que l’EI revendique une attaque d’une envergure modeste pour la zone et qui intervient alors que récemment les ADF ont relâché plusieurs dizaines d’otages, accompagnant ces libérations de message de paix.

Nous savons qu’il y a des liens entre l’État islamique et les ADF en RDC, mais il est difficile de savoir exactement la nature de ces liens. […] Il y a au moins un intermédiaire financier, arrêté au Kenya l’an passé, qui faisait l’intermédiaire entre l’État islamique et l’ADF. Toutefois, cela ne veut pas dire nécessairement que l’ADF est une branche de l’État islamique ou que l’EI contrôle l’ADF. Je pense qu’il faut être très prudent par rapport à cela. Il semble beaucoup plus clair que l’ADF a évolué de façon très très autonome à l’est du Congo et, jusqu’à présent, avait très peu de contacts avec l’État islamique.

Jason Stearns du GEC, groupe d’étude sur le Congo de l’Université de New York, invite à la prudence
19-04-2019

Pour Basile Olongo, vice-ministre congolais de l'Intérieur et de la sécurité, cette revendication n’est pas une surprise. Selon lui, les ADF cherchent à exploiter le canal médiatique après l'engagement du président Tshisekedi de mettre un terme aux activités des groupes armés dans l'est du Congo d'ici trois mois.

« Vous savez, on vient de rentrer à Kinshasa, on était à l’est du pays, dans le Nord-Kivu avec le président de la République. Nous étions sur place à cause des actes commis par les groupes armés. Sur place, ils ont écouté les instructions données par président de la République. C’est-à-dire qu’en trois mois, on doit mettre fin aux activités des groupes armés à l’est du pays. Je pense qu’écoutant cela, les ADF-Nalu qui sont en débandade ont jugé bon de pouvoir exploiter le circuit médiatique pour revendiquer ce qu’il s’est passé au Nord-Kivu. Cela n’ébranle pas le gouvernement de la République démocratique du Congo ni nos forces armées, car nous sommes déterminés à mettre fin aux activités de ces groupes armés qui écument l’est du pays », précise Basile Olongo.

Cette revendication intervient aussi quelques jours aussi après que le nouveau président Tshisekedi a plaidé au cours de sa visite à Washington a plaidé pour les ADF soient inscrits sur la liste des organisations terroristes par les Nations unies.

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