Libye: entre la France et le maréchal Haftar, trois ans d’entraide

Fayez al-Sarraj (g) et Khalifa Haftar (d) entourent le président français Emmanuel Macron, le 25 juillet 2017 à la Celle-Saint-Cloud.
© REUTERS/Philippe Wojazer

Jeudi, le ministre de l’Intérieur du gouvernement d'union nationale de Fayez el-Sarraj - officiellement reconnu par la communauté internationale – a accusé la France de soutenir le maréchal Haftar. Pourquoi Paris est-il régulièrement accusé de faire le jeu de l’homme fort de l’Est libyen ?

En janvier 2016, deux mois après les attentats du Bataclan à Paris, la France choisit d’apporter un soutien « technique » aux forces du maréchal Haftar, en envoyant des conseillers militaires apporter leur aide pour lutter contre le terrorisme islamiste.

Un soutien que Paris sera forcé de reconnaître l’été suivant après le crash d’un hélicoptère dans l’est de la Libye, crash dans lequel trois soldats des forces spéciales françaises trouvent la mort.

Dès lors, la France, par l’intermédiaire de Jean-Yves Le Drian, tour à tour ministre de la Défense puis des Affaires étrangères, va donner l’impression de se rapprocher toujours un peu plus du maréchal Haftar.

Contrôle du croissant pétrolier

Surtout à partir de l’automne 2016, lorsque ce dernier obtient la mainmise sur le croissant pétrolier, région stratégique par où transite une partie du brut libyen destiné à l’étranger. Jean-Yves Le Drian rend plusieurs fois visite à ce militaire soutenu par l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, trois pays dont Paris est proche.

Une attitude de la France que goûte peu le gouvernement reconnu par la communauté internationale, qui y voit là une volonté de Paris de légitimer politiquement le maréchal Haftar. Emmanuel Macron sera d’ailleurs le premier chef d’État occidental à le recevoir, en juillet 2017, pour une tentative de conciliation avec le Premier ministre Fayez el-Sarraj.

Paris rejette aujourd’hui les accusations de double jeu dans ce dossier, assurant soutenir le gouvernement légitime tout en souhaitant associer le maréchal Haftar aux discussions politiques. Car l’homme fort de la Cyrénaïque, explique-t-on à l’Élysée « fait partie de fait du paysage libyen ».


Dans le même temps, à Tripoli, comme chaque vendredi depuis le 4 avril, les Tripolitains se sont rassemblés sur la place des Martyrs au coeur de la capitale libyenne pour dénoncer l'offensive de Khalifa Haftar sur leur ville. Et eux aussi voient la France comme l'alliée du maréchal.

La présence de très nombreux gilets jaune vient rappeler qu'en sus du maréchal Haftar, la France est aussi dans le viseur. Protégé du vent violent venant de la mer, le septuagénaire Ibrahim Kherraz crache sa colère: «Paris parle de démocratie, de civilisation. Mais, maintenant, ses dirigeants sont des lâches. Ils soutiennent un meurtrier». Sur les pancartes, les visages de Khalifa Haftar et d'Emmanuel Macron sont barrés d'une croix rouge sang.

A Tripoli, les manifestants dénoncent l'offensive de Khalifa Haftar, mais aussi l'attitude de la France
20-04-2019 - Par Mathieu Galtier

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