Les Malgaches appelés à se prononcer sur la révision de la Constitution le 27 mai

Le président Andry Rajoelina, lors de la cérémonie d'investiture du 19 janvier 2019 à Antananarivo.
© REUTERS/Clarel Faniry Rasoanaivo

Réviser la Constitution à Madagascar, c’est ce que souhaite le président de la République. Lors d’un Conseil des ministres vendredi soir, Andry Rajoelina a signé un décret de convocation des électeurs pour l’adoption d’un projet de loi modifiant certaines dispositions de la Constitution, comme l'indique un communiqué de la présidence. Les Malgaches sont appelés à se prononcer sur cette révision de la Constitution le 27 mai, jour de l’élection législative.

La révision de la Constitution porte sur trois points : la mise en place de gouverneurs à la place de chefs de région. Ils seront dotés de plus de pouvoir et de ressources pour une décentralisation effective, indique la ministre de la Communication, Lalatiana Rakotondrazafy.

Deuxième modification importante : la suppression du Sénat, budgétivore, selon le chef de l’Etat. Avec l’argent économisé, Andry Rajoelina souhaite construire des universités dans chaque région du pays. « Il y aura d’autres suppressions d’institutions budgétivores mais je m’abstiendrai de vous donner une liste pour le moment », explique la ministre qui précise que le texte de cette nouvelle Constitution sera publié et porté à la connaissance des électeurs sous peu.

Une annonce qui suscite des remous

Les réactions à cette annonce ont été nombreuses, notamment sur les réseaux sociaux où certains internautes font part de leur étonnement et de leur inquiétude. « D’habitude lorsqu’il y a modification de la Constitution il y a un comité préparatoire une commission consultative, des discussions avec la société civile et les partis politiques », fait savoir Anaclet Imbiki, juriste et ancien ministre de la Justice. 

« Ce sont des promesses qui ont été faites depuis la campagne électorale donc ce ne sont pas des annonces totalement nouvelles pour la population. Il n’y aura pas de coup de bas politique », tient à rassurer la ministre de la Communication.

Pour la société civile, le délai de cinq semaines est trop court pour informer correctement les électeurs sur ce référendum constitutionnel. « Pourquoi tant d’empressement ? », s’interroge Faraniaina Ramarosaona, membre de la plateforme de la société civile Rohy présente dans toutes les régions de Madagascar et très active dans les processus électoraux. « Il aurait dû y avoir un débat sérieux, car il y a beaucoup d’autres dispositions à modifier dans cette Constitution », conclut-elle.

Sur la suppression du Sénat, c'est beaucoup trop rapide, il n'y a pas le temps de faire une consultation sur ces questions...

Faraniaina Ramarosaona, membre de la plateforme de la société civile Rohy
21-04-2019 - Par Liza Fabbian

Ce référendum aura lieu en même temps que les législatives pour des raisons financières, précise la ministre de la Communication. Un argument qui n’est pas valable pour Faraniaina Ramarosaona pour qui « les enjeux de la modification de cette Constitution sont plus élevés que le côté financier ».

Guy Rivo est membre du bureau politique du TIM, le parti de Marc Ravalomanana, opposé au MAPAR, le parti du président. Il se dit préoccupé par la décision présidentielle de supprimer le Sénat, une promesse de campagne. Il invoque la Constitution pour faire part de son étonnement et les articles 161, 162 et 163 qui disposent qu’avant d’être proposée en référendum la proposition de révision doit être approuvée par les trois quarts des membres de l'Assemblée nationale et du Sénat. « Nous sommes inquiets : il y a une dérive de la part d’Andry Rajoelina, explique Guy Rivo, joint par téléphone. Il profite de la situation pour passer en force ».

Andry Rajoelina est autorisé à légiférer par ordonnance depuis la fin de mandat des députés le 5 février.

Rivo Rakotovao, le président du Sénat, n’y voit lui aucun abus de pouvoir. « C’est lui le président, il fait ça pour le bien de Madagascar, indique-t-il. Il faut surtout se référer à la Constitution en cas de doute. »

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