Soudan: les contestataires suspendent les discussions avec l'armée

Les manifestants devant le ministère de la Défense à Khartoum, le 21 avril 2019.
© REUTERS/Umit Bektasa

Au Soudan, le chef du Conseil militaire de transition Abdel Fattah Burhan est apparu à la télévision nationale pour annoncer que le Conseil militaire s'engage « à transférer le pouvoir au peuple ». De leur côté, les responsables de la contestation ont suspendu les discussions avec l'armée et appellent à intensifier le mouvement, selon un des porte-parole cité par l'AFP.

C'est la première fois qu'il donnait une interview depuis la destitution d'Omar el-Béchir le 11 avril, la première également depuis qu'il a remplacé - le lendemain - le général Ibn Auf à la tête du Conseil militaire.

Abdel Fattah Abdelrahman Burhan s'est voulu rassurant à l'égard de la contestation. Il a en effet promis de transférer le pouvoir au peuple. C'est d'ailleurs la principale revendication des manifestants, ils ne veulent pas d'une junte militaire, mais Abdel Fattah Abdelrahman Burhan l'assure : dès cette semaine, il répondra à leur demande.

L'APS suspend l'annonce de sa liste pour un gouvernement civil

Des discussions avaient repris samedi 20 avril entre les militaires et les leaders de la mobilisation. Parmi eux, l'Association des professionnels soudanais (APS) en première ligne. C'est elle qui avait annoncé une conférence de presse pour ce dimanche soir pour révéler les noms qui composeront un Conseil civil. Visiblement, une liste de personnalités civiles avait bien été dressée. Mais ce dimanche soir, la réponse, les garanties apportées par le Conseil militaire, ne sont visiblement pas claires, pas suffisantes.

Des responsables de la contestation ont donc annoncé avoir suspendu les discussions avec l'armée et ont appelé à intensifier le mouvement. « Nous suspendons nos discussions avec le Conseil militaire », a déclaré un porte-parole des organisations représentant la contestation, Mohamed al-Amine, devant des milliers de personnes rassemblées près des bâtiments de l'armée à Khartoum. « Nous considérons le Conseil militaire comme un prolongement du régime » de l'ex-président Omar el-Béchir, destitué le 11 avril dernier, a-t-il ajouté en appelant à intensifier les manifestations.

La coalition de la liberté et du changement, un groupement de partis d’opposition soudanais, estime que le Conseil militaire n’a pas tenu ses promesses. L’armée aurait rejeté les noms de certaines personnalités pressenties par l’opposition pour former un gouvernement civil. Ce droit de regard a été considéré par les partis d’opposition comme de l’ingérence. Mais l’opposition reproche également au Conseil militaire de discuter avec d’autres formations politiques plus conservatrices, des partis islamistes notamment, traditionnellement plus proches du régime.

Si la coalition de la liberté et du changement n’est pas un groupe homogène, en particulier sur la question de la coopération ou non avec l’institution militaire, elle s’est pour le moment rangée derrière l’Association des professionnels soudanais. L’APS assure d’ailleurs qu’une liste de noms visant à former un gouvernement civil sera bien révélée cette semaine.

Les manifestants déçus

Dimanche en début de soirée, alors que les rues étaient noires de monde devant le quartier général de l’armée, la liesse des manifestants n’a pas duré longtemps. Après la suspension de l'annonce d'une proposition de gouvernement civil par les partis d'opposition, une partie des protestataires a quitté les lieux, assommés par ce retournement alors que quelques heures plus tôt le général Burhan, à la tête du Conseil militaire, avait déclaré accepter le principe d’un transfert du pouvoir au peuple.

Mais dans les rues de Khartoum, on entendait aussi dans la nuit résonner un chant nouveau. Celui de contestataires déterminés scandant les mots suivants : « Qui est Burhan ? C’est un enfant du régime. Qui est Burhan, c’est un traître ». Des chants repris par des groupes différents convergeant tous vers le sit-in du quartier général de l’armée.

On est venus dans l’espoir d’avoir un nouveau gouvernement. Malheureusement, on n’a rien eu.

[Reportage] Douche froide pour les manifestants
22-04-2019 - Par Nadia Blétry

 

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