[Reportage] Soudan: les disparus du régime de Béchir

Manifestation devant le quartier général de l'armée à Khartoum, le 21 avril. Les manifestants ont allumé leurs téléphones portables à la tombée de la nuit.
© REUTERS/Mohamed Nureldin Abdallah

Ambiance survoltée et euphorique devant le quartier général de l’armée où les manifestants font pression sur l’armée pour qu’elle transfère le pouvoir à une autorité civile. D’un côté de la rue, ambiance anarchique : des protestataires dorment dans des tentes depuis des semaines, en face des soldats qui observent en retrait le chaos ambiant. Mais au milieu de cette liesse, de nombreuses tentes arborent des photos en couleur ou en noir et blanc : les visages des victimes du régime d’Omar el-Béchir au cours de ces trente dernières années.

Elles sont assises par terre en silence, indifférentes aux cris de liesse devant le quartier général de l’armée. Devant elles : les photos de visages juvéniles. Ce sont les mères des victimes de la révolution.

Habiba a perdu son fils Abdul Ghassim 14 ans, tué en avril d’une balle dans le dos alors qu’il manifestait. Des méthodes, dit-elle, propre aux forces de sécurité : « Les gens de mon quartier n’étaient pas encore descendus dans la rue manifester. Ils sont descendus un dimanche, et c’est là que les forces de sécurité ont commencé à tirer sur des enfants et sur mon fils Abdul Ghassim. Abdul Ghassim a été touché, il est mort tout de suite. Quand je suis arrivée, il était déjà mort. Pourtant ils n’avaient rien fait, ils avaient juste brûlé des pneus dans la rue. Ils n’ont rien fait d’autre. Aucun enfant n’avait d’arme ni de pierre, ils n’avaient que des pneus, ils n’auraient pas dû être tués, ils n’auraient pas dû être tués… »

La révolution, seule consolation face à l’impunité

Habiba demande justice pour le sang de son fils. Tout comme Mostafa Mohiedin Abdulwahab, membre de l’Association des martyrs de septembre. Les victimes du régime d’Omar el-Béchir tuées en 2013, lors de manifestations contre l’augmentation du prix de l’essence. Sur le mur blanc de sa maison, le père de famille a fait peindre le visage de son garçon. Face à l’impunité, sa seule consolation c’est cette révolution : « Si la révolution réalise les slogans qu’elle porte, qu’elle les met en application alors chaque martyr aura obtenu un peu de ses droits. »

L’espoir maintenant pour ces familles qui ont perdu des proches est que les responsables de ces crimes soient traduits en justice.


▲ Ecouter la version audio du reportage
26-04-2019 - Par Nadia Blétry

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