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Algérie

Algérie: la présidentielle, «solution idéale» de sortie de crise

Le chef d'état-major, le génèral Ahmed Gaïd Salah, ici à Alger, le 2 avril 2019. Le 29 avril, le général Gaïd Salah a entamé une visite d etravail à la 5e Région militaire à Constantine.
© Canal Algerie /Handout via Reuters

Le chef d'état-major de l'armée algérienne a opposé mardi 30 avril une fin de non-recevoir aux revendications des manifestants en Algérie, qui réclament la mise en place d'institutions de transition ad hoc pour gérer l'après Abdelaziz Bouteflika, poussé à la démission le 2 avril.

« La présidentielle du 4 juillet est la solution idéale pour sortir de la crise », a déclaré mardi le chef d'état-major de l'armée lors d'un déplacement à Constantine. Le général Ahmed Gaïd Salah a de nouveau dit son attachement au cadre constitutionnel. Il est exclu de s'en écarter, a t-il instisté, et ce « quelles que soient les circonstances ». Le non-respect de la Constitution étant synonyme, selon lui, de déstabilisation. Un message implicite aux manifestants qui réclament des institutions transitoires.

Autre point fort de son discours : la lutte contre la corruption. « L'opération anti-corruption n'est qu'à son début », prévient le général Ahmed Gaid Salah. Il demande à la justice d'aller vite dans le traitement des dossiers,  tout en se gardant de tout règlement de comptes. Il dit aussi détenir des informations avérées concernant plusieurs dossiers lourds de corruption qui concernent des « montants faramineux ». Des propos qui n'ont qu'un but, explique-t-il, protéger l'économie nationale.

Ce message ferme intervient le jour de l'audition par la justice de l'ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia, arrivé sous très haute protection policière ce mardi matin au tribunal de Sidi M'hamed, dans le centre d'Alger. Il est ressorti après plusieurs heures sous les slogans hostiles des manifestants qui l'attendaient.

Aucune précision n'a été donnée sur les dossiers précis sur lesquels il a été interrogé, on sait simplement qu'il s'agit d'affaires de dilapidation de fonds publics et d'avantages indus. C'est aussi sur des dossiers similaires qu'a été convoqué hier le ministre des Finances et ancien gouverneur de la Banque centrale Mohamed Loukal. L'homme est ressorti libre, tout comme Abdelghani Hamel, l'ancien patron de la police entendu lundi 29 avril pour activités illégales et trafic d'influence.

Enfin, dans son message, Ahmed Gaïd Salah s’attaque à ceux qui ont « intentionnellement causé cette crise ». C’est donc un message similaire à celui de la semaine dernière, dans le ton comme dans les thèmes abordés. Il maintient le cap de l’élection présidentielle alors même que de plus en plus de voix s’élèvent pour dire que la tenue de cette élection sera impossible.

Que veut dire ce message diffusé au moment où des barons du pouvoir en place sont visés par la justice ? Quel est l'effet recherché par le chef d'état-major de l'armée algérienne ? Pour le porte-parole de l'Association algérienne de lutte contre la corruption Djilali Hadjadj, estime que l'objectif est d'« asseoir davantage son pouvoir, parce que c'est l'homme fort, faire peur à tous ceux qui sont encore au sein du pouvoir ou à sa périphérie, terroriser, faire croire à l'opinion publique que c'est lui le chef et qu'il veut mener une opération mains propres ».

« Mais en fait, cela peut tromper quelques personnes, mais cela ne trompera pas la foule. Les gens savent que lui et un certain nombre de dignitaires de l'armée ou même des institutions civiles, ils ont tous baigné dans cette impunité, ils en ont tous profité, ils se sont tous enrichis », ajoute-t-il.

« Par contre quand il dit que c'est "lourd", il y a peut-être un aspect qui n'est pas inintéressant, c'est que ce sont des dossiers notamment où il y a eu de la corruption avec de grandes multinationales  qui ont obtenu des marchés importants ces dernières années à coup de milliards de dollars. Maintenant est-ce que ces dossiers vont réellement sortir en surface, j'en doute parce que  ça peut embarrasser ou gêner ceux qui dirigent un peu aujourd'hui ces opérations. Ils ne sont pas du tout blancs eux-mêmes. Ce ne sont pas des mains sales qui peuvent mener une opération mains propres », conclut Djilali Hadjadj.

Nous, on considère qu'il n'y a pas une réelle volonté politique derrière tout ça.

Djilali Hadjadj, porte-parole de l'Association algérienne de lutte contre la corruption
30-04-2019 - Par Marie-Pierre Olphand

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