Élections en Afrique du Sud: l'ANC, un grand favori sous le feu des critiques

Un bureau de vote du Cap se prépare pour les élections générales du 8 mai 2019.
© REUTERS/Sumaya Hisham

On vote aujourd’hui, ce mercredi 8 mai, en Afrique du Sud pour les élections législatives et provinciales. Le président sera ensuite choisi par le Parlement. Vingt-cinq ans après la fin de l’apartheid dans ce pays, l’ANC, le parti de l’ancien président de Nelson Mandela, est toujours au pouvoir. Il devrait conserver sa majorité au Parlement et son patron Cyril Ramaphosa, son fauteuil de chef de l'État. Mais le plus vieux parti de libération du continent est en perte de vitesse.

Depuis qu'il a pris les rênes de l’ANC il y a un an, Cyril Ramaphosa répète qu'il est l'homme du changement, qu'il va relancer l’économie dans un pays où pauvreté et inégalités sont criantes et qu’il va lutter contre la corruption qui a caractérisé le mandat de son prédécesseur, Jacob Zuma.

La priorité pour lui est d’endiguer la baisse de popularité de son parti depuis dix ans. Les derniers sondages créditent l’ANC de 51% à 61% des intentions de vote.

Deux principaux rivaux pour l'ANC

L’ANC compte deux principaux rivaux dans cette élection. L’Alliance démocratique, issue de la minorité blanche, se présente comme une formation multiraciale. Le parti est dirigé pour la première fois par un leader noir, Mmsusi Maimane. Le mouvement courtise les déçus de l’ANC, notamment la classe moyenne noire.

Je n’ai pas vraiment de préférence pour un parti. Je ne peux pas dire : "Lui, c’est le meilleur, il faut que je vote pour celui-là !". Mais je ne veux pas que l’ANC se maintienne. Je veux que l’opposition soit renforcée, pour que l’ANC rende des comptes à quelqu’un. Donc je vais voter pour l'Alliance démocratique.

[Reportage] Au Cap, les électeurs ont déjà fait leur choix
08-05-2019 - Par Claire Bargelès

Mais le danger pour l’ANC vient surtout des Combattants pour la liberté économique (EFF). Un parti de gauche radical dont le leader, Julius Malema, toujours habillé de rouge, se présente comme le défenseur des plus démunis et prône la redistribution des richesses du pays. Le mouvement, qui séduit avant tout un électorat jeune, pourrait dépasser la barre des 10%, notamment grâce à un important soutien des townships.

L'ANC a plus à perdre qu'à gagner

Lors de ces élections, l’ANC a en fait bien plus à perdre qu’à gagner. Selon les derniers sondages, le parti devrait reculer de presque 10% par rapport à ses résultats de 2014. Un score qui lui permettrait toujours de régner en maître au Parlement et de nommer Cyril Ramaphosa à la présidence. Mais qui pourrait lui faire perdre le contrôle de certaines provinces sud-africaines, si les deux partis d’opposition venaient à s’allier.

Car si l’Alliance démocratique devrait stagner dans les suffrages aux alentours de 24%, l’EFF va, lui, plus que doubler le nombre de ses voix par rapport aux élections d’il y a cinq ans. Le charismatique Julius Malema aura réussi à attirer les déçus de l’ANC avec un discours anticorruption mais aussi anti-Blancs avec un accent mis tout particulièrement sur la redistribution des terres.

Le seul talon d’Achille des deux partis d’opposition est le risque d’une forte abstention chez les jeunes, traditionnellement opposés à l’ANC. En effet, seulement 4 jeunes éligibles sur 10 se sont inscrits sur les listes électorales.

Le milieu des affaires prêt à voter pour l'ANC

Cyril Ramaphosa a promis d’être l’homme du changement, d'éradiquer la corruption, de faire revenir les investisseurs étrangers et de créer des emplois. Plusieurs personnalités du milieu des affaires - largement dominé par la minorité blanche - lui ont d’ailleurs apporté leur soutien.

Ils estiment qu’il faut lui laisser une chance, à l’instar de John Curtis, auto-entrepreneur. « Pour moi, Cyril Ramaphosa est le mieux placé pour faire ce qu’il faut et remettre l’économie du pays en route. Il a la volonté et l’expérience. C’est un ancien homme d’affaires, il comprend comment marche l’économie, explique-t-il. Il vient également du milieu syndical et donc il comprend ce dont la majorité des Sud-Africains ont besoin. Mais je ne sais pas s’il a suffisamment de contrôle sur son parti pour pouvoir vraiment faire changer les choses. »

À l’ANC, Ramaphosa reste entouré de fidèles de l'ex-président Jacob Zuma, impliqués dans de nombreux scandales financiers. Il n’aura pas les coudées franches pour mettre en place ses réformes, estime Sipho Tombeni, patron d’une petite entreprise de taxi. « Lui, je lui fais confiance, mais pas les gens autour de lui, ce sont les mêmes qui ont été dans le gouvernement précédent. J’ai toujours voté ANC, jusqu’à ce que Zuma soit élu. Aujourd’hui, je vais voter pour l’EFF. Ils sont jeunes, ont un esprit moderne, et sont capables de secouer l’ANC », témoigne-t-il.

Certains acteurs économiques s'inquiètent également de réformes lancées par Cyril Ramaphosa sous la pression du camp Zuma. Comme la réforme des terres qui prévoit l’expropriation des terres - détenues principalement par les Blancs -  au profit de la majorité noire.

► À relire : La politique étrangère de Cyril Ramaphosa: du continental au global ?

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.