Republier
Soudan

Soudan: les chefs de la contestation menacent d'une action de «désobéissance»

«Les formes d'escalade sont (déjà) définies: poursuivre les sit-in et préparer un mouvement de désobéissance civile», a déclaré à la presse l'un des chefs de la contestation, Khaled Omar Youssef, à Khartoum, le 8 mai 2019..
© Mohamed el-Shahed / AFP

Les leaders de la contestation au Soudan ont accusé mercredi 8 mai les généraux de chercher à retarder la transition du pouvoir à une autorité civile et menacé de lancer un mouvement national de « désobéissance ». La veille, les généraux avaient déclaré qu'ils étaient d'accord avec la plupart des propositions de l'ALC sur la transition, tout en faisant état de « beaucoup de réserves » sur d'autres. Ils ont soulevé surtout la question de la charia (loi islamique).

Au Soudan, l'armée fait-elle tout pour retarder la transition du pouvoir aux civils ? Les meneurs de la contestation à l'origine de la chute d'Omar el-Béchir, le 11 avril, accusent les généraux de tergiverser, à dessein, pour garder la main sur le pays. L'Alliance pour la liberté et le changement, l'ALC, menace de passer à la vitesse supérieure avec des actions de « désobéissance civile », sans plus de précisions.

Parmi les points de désaccord avec l'armée : le délai pour organiser les prochaines élections ne fait pas non plus l'unanimité, L'ALC réclamant 4 ans, les généraux entendant limiter ce délai à 2 ans. Un autre point de divergence :  l'importance donnée à la charia, la loi islamique. Les généraux estiment qu'elle doit rester la source de la législation, et reprochent à l'ALC de ne l'avoir pas mentionné dans ses propositions.

Les manifestants avaient remis jeudi à l’armée une liste de propositions pour le déroulement de la transition. Le porte-parole du CMT a répondu que le programme ne comprenait pas la loi islamique. Il a expliqué que la charia, les lois locales et les traditions devaient rester les sources de la loi.

Omar el-Béchir et la charia...

Lors du coup d’État de 1989, Omar el-Béchir était apparu à un meeting, une Kalachnikov dans une main, le Coran dans l’autre. Pourtant, si la charia est dans la Constitution du Soudan, sous l’ancien dictateur, son application était à géométrie variable.

A sa prise de pouvoir, Omar el-Béchir s’était allié avec Hassan al-Tourabi, un islamiste radical. Néanmoins, « il n’a jamais complètement adhéré à cette vision proche des Frères musulmans », explique Rashid Abdi. Par contre, selon le chercheur, « il l’a accompagnée, il a vu son utilité. Pour lui, l’islamisation visait à façonner les jeunes générations et à en faire des personnes pieuses ».

La charia a été plusieurs fois appliquée, avec des peines de mort, des lapidations, des coups de fouet, visant le plus souvent les femmes, rappelle Human Rights Watch.

Elle a aussi été source de tensions avec le sud du pays, à majorité chrétienne. « Son abolition était une demande centrale du SPLM-N pour conclure la paix et ça l’était aussi pour le SPLM. La charia est restée et la guerre a continué », explique la spécialiste Lauren Blanchard.

Aujourd’hui, les manifestants n’en font pas mention dans leurs revendications. Yousra Elbagir, journaliste qui suit la contestation depuis le début, explique que beaucoup de gens « ont appelé à un pouvoir civil laïc et seront mécontents de cette annonce » des militaires.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.