Burkina Faso: quatre otages libérés, deux militaires français tués

La ministre française de la Défense Florence Parly et le chef d'état-major des armées François Lecointre lors de la conférence de presse après la libération au Burkina Faso de quatre otages, dont deux Français, à Paris, le 9 mai 2019.
© JACQUES DEMARTHON / AFP

Deux otages français, une citoyenne américaine et une ressortissante sud-coréenne ont été libérés la nuit dernière lors d'une opération des forces spéciales françaises au nord du Burkina Faso. Au cours de cette intervention, deux militaires français ont été tués. Un hommage national leur sera rendu mardi aux Invalides, a indiqué le président Macron. Les deux Français avaient été enlevés le 1er mai dernier dans le parc national de la Pendjari dans le nord du Bénin où ils effectuaient une excursion.

Dans un communiqué, l'Élysée a annoncé vendredi à la mi-journée la libération des deux touristes français Patrick Pique et Laurent Lassimouillas enlevés mercredi dernier dans le nord du Bénin, dans le parc de la Pendjari, situé à la frontière avec le Burkina Faso où sont implantés plusieurs groupes jihadistes. Leur guide touristique, un Béninois connu sous le nom de Fiacre Gbédji a lui été assassiné. Le calvaire des deux Français a donc duré près de 10 jours. L'opération a également permis de libérer une citoyenne américaine et une ressortissante sud-coréenne, explique Paris.

Paris parle d'une opération extrêmement complexe, menée la nuit de jeudi à vendredi 10 mai au Burkina Faso qui a permis ces libérations. Deux militaires français ont été tués dans l'opération, Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, tous deux officiers mariniers au sein du commandement des forces spéciales, poursuit le communiqué. Quatre ravisseurs sont aussi morts lors de cette libération.

Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, tous deux officiers mariniers au sein du commandement des opérations spéciales, membres du prestigieux commando Hubert de la Marine nationale, ont été tués lors de l'opération de libération des otages. © Sirpa Marine/Handout via REUTERS

« Plus de 20 commandos » ont participé dans cette opération, a déclaré le chef d’état-major des armées, le général d'armée François Lecointre lors d'une conférence de presse vendredi après-midi, aux côtés de la ministre de la Défense Florence Parly.

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10-05-2019

L'assaut donné pour éviter le transfert des otages aux jihadistes de la katiba Macina

L'armée française, déployée au Sahel dans le cadre de l'opération Barkhane, appuyée par les moyens de renseignement américains et les forces armées burkinabè a décidé d'intervenir de crainte du transfert imminent des otages à la katiba Massina, a assuré le général Lecointre.

Les autorités françaises suivaient l'évolution des ravisseurs depuis plusieurs jours et ont saisi l'opportunité de les frapper en raison du risque « de transfèrement de ces otages à une autre organisation terroriste qui agit au Mali, et qui est la katiba Macina », ce qui aurait dès lors « rendu impossible d'organiser une quelconque opération de libération », a déclaré à la presse le général François Lecointre.

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10-05-2019

« Les commandos des forces spéciales se sont infiltrés en nuit noire sur 200 mètres dans un silence absolu malgré la présence d'une sentinelle qui veillait et qui ne les a pas détectés lors de leur approche. Ensuite, je tiens à insister sur ce point, les commandos pénètrent dans les abris, évidemment sans ouvrir le feu. Effectivement, au moment où les commandos vont être détectés, ils sont à une dizaine de mètres des abris,  ils entendent les ravisseurs, terroristes, armer leurs armes à l'intérieur des abris, ils décident donc de monter à l'assaut des objectifs. Et ils montent à l'assaut sans ouvrir le feu pour être certains de ne pas faire de pertes chez les otages ni de pertes chez  d'éventuels civils ou membres des familles des terroristes qui seraient présents dans ce campement. C'est lors de cette pénétration dans deux de ces abris que les deux commandos Marines Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, ont été tués à très courte distance par deux des ravisseurs », a indiqué le chef d'état-major des armées.

L'identité des preneurs d'otages qui avaient enlevé les deux touristes français au Bénin le 1er mai est encore inconnue. Il est « tôt pour se prononcer », a déclaré la ministre de la Défense.  « L'analyse est en cours. Ce que l'on peut dire c'est qu'il y a deux mouvements terroristes principaux qui opèrent dans cette zone et qui sont affiliés pour l'un à al-Qaïda, pour l'autre à l'EIGS (État islamique au Grand Sahara). Nous n'en savons pas plus pour l'instant », a précisé la ministre.

Que sait-on des otages ?

Les deux otages français Patrick Pique et Laurent Lassimouillas avaient été enlvevés il y a dix jours. Le premier vit depuis 25 ans à Paris et travaille dans la confection de bijoux, selon un proche cité par plusieurs médias français. Le second, rapportent nos confrères de la radio France Bleue, est professeur de piano et chef d'orchestre dans un conservatoire de la région parisienne.

Ça nous fait un choc et on est soulagés. Du moment qu'ils sont libérés, qu'ils sont en bonne santé, c'est le principal.

Denise Picque, la mère de Patrick confie son soulagement
11-05-2019 - Par France Info

L'opération menée par les forces spéciales française a également permis de libérer deux autres otages une Sud-Coréenne et une Américaine. L'identité des deux femmes n'a pas été dévoilée. Mais de source française, il s'agirait de deux membres d'une ONG américaine dont la disparition n'avait pas été signalée. Elles étaient otages depuis 28 jours, et « personne n'avait connaissance de leur présence », a indiqué Florence Parly.

« Nous n'avions pas connaissance du fait qu'au côté de nos deux ressortissants il pouvait en avoir d'autres, et les contacts que nous avons eus depuis quelques heures avec les États-Unis et la Corée du Sud montrent que probablement, ces pays-là n'avaient pas nécessairement conscience de la présence de ces deux ressortissantes en territoire burkinabé », a déclaré la ministre la Défense.

Washington remercie Paris pour la libération de l'otage américaine

« Je présente mes plus sincères condoléances aux familles des soldats français tués pendant l'opération », a déclaré le responsable du département d'État américain chargé de l'Afrique, Tibor Nagy, qui sur Twitter remercie Paris.

Depuis le début de la semaine, les autorités françaises comme les autorités béninoises avaient complètement verrouillé la communication autour de la disparition des deux touristes français. Et pour cause, expliquait le porte-parole de la présidence béninoise Wilfried Houngbédji, « nous savons qu'il y a encore des vies en jeu dans cette affaire ». Les deux touristes français ont donc été retenus en otage un peu plus d'une semaine. Et leur guide a été tué, son corps retrouvé près de la frontière avec le Burkina Faso.

Macron accueillera les deux otages français libérés samedi à Villacoublay

Pour les familles des otages français, la nouvelle de leur libération est « un soulagement ». Les deux hommes sont attendus ce week-end à Paris. Le président français Emmanuel Macron « se félicite de la libération » de ces « quatre otages au Sahel ».

Emmanuel Macron accueillera samedi les deux ex-otages français, ainsi que la sud-coréenne, à leur retour en France, prévu à Villacoublay, samedi à 17h.

En début de semaine prochaine, le chef de l'État présidera aux Invalides une cérémonie d'hommage national aux deux commandos marine tués dans l'opération de libération des otages, a ajouté la présidence.

Hommage national mardi aux Invalides pour les deux militaires tués

« Ils ont donné leur vie pour en libérer d'autres. Mardi, nous rendrons un hommage national aux Invalides à Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello. Dès à présent, portons nos pensées vers leurs familles et frères d'armes », a indiqué sur Twitter le président Emmanuel Macron.

Édition spéciale sur la libération des otages au Burkina Faso
10-05-2019

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