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Soudan

Soudan: l’opposition civile s’active pour une reprise rapide des discussions

Des Soudanais manifestent devant le quartier général de l'armée le 1er mai 2019 à Khartoum.
© REUTERS/Umit Bektas

Il n’y a plus de barrages improvisés à Khartoum, au Soudan, en marge du sit-in qui occupe la place devant le quartier général de l'armée. Ils ont été levés dans le calme et la situation se normalise après la tension du début de semaine. Les pourparlers entre civils et militaires sont toujours suspendus, mais aujourd'hui l'opposition s'efforce de réunir les conditions pour une reprise rapide des discussions.

Le mot d'ordre qui circule au sein de l'opposition politique, c'est de n'offrir aucun prétexte aux militaires pour faire échouer ou même retarder la reprise des négociations. C'est ce qu’a affirmé, à RFI, ce matin un responsable de l'Association des professionnels soudanais, cette alliance de la société civile qui est un membre éminent de la coalition d'opposition.

Tous les efforts sont donc mis sur la normalisation de la situation dans Khartoum. Une carte du périmètre précis de l'occupation des rues autour du quartier général de l'armée a été distribuée aux entrées du grand sit-in qui est le cœur de la mobilisation populaire depuis bientôt deux mois. Des responsables de l'opposition font le tour des carrefours pour veiller à ce que tout se passe bien. Un incident a eu lieu ce matin, mais rien de grave, a tempéré cette source.

Reprise des discussions prévue samedi

Ce qui rassure les responsables de l'opposition, c'est le fait que le premier accord sur les futures institutions, annoncé mardi, a été bien accueilli par la rue. La preuve : les barricades improvisées, qui avaient cristallisé la tension en début de semaine, ont été démantelées très rapidement. Et mieux encore, les manifestants sont aujourd'hui engagés dans de vastes opérations de nettoyage et de décoration des rues, alors qu'aujourd'hui vendredi c'est jour de prière au Soudan.

Côté politique, il y a aussi eu des avancées. Les ambassadeurs européens et américain, mais aussi l’Union africaine profitent de ce moment de calme pour consulter. Les questions les plus simples ont d'ores et déjà été tranchées. Reste maintenant le plus dur : toujours ce fameux Conseil souverain qui sera amené à piloter la transition. Sa composition et ses pouvoirs n'ont toujours pas été discutés. Ce sera le sujet à l'ordre du jour des pourparlers. Des pourparlers qui devraient reprendre théoriquement samedi 18 mai, dans la soirée.

Complexes équilibres internes

L'une des difficulté pour les négociateurs qui doivent se retrouver, c'est que ni l'opposition ni les militaires ne forment un tout unique.

L'opposition soudanaise, c'est une fédération. Elle rassemble des partis politiques, dont le parti communiste, et des associations professionnelles. C'est une coalition unie avant tout par un objectif commun, mais limité : la destruction définitive du régime El-Béchir.

Cela dit, la semaine de tension passée a également révélé un nouvel acteur important de l'opposition : la rue, ses comités de quartier, ses leaders de barrages, ses orateurs de sit-in, qu'on peut convaincre mais pas toujours contraindre. C'est donc l'opposition qui est la plus mise sous pression par la mobilisation populaire. Il lui faudra compter sur sa réaction en cas d'accord peu satisfaisant pour ses éléments les plus déterminés.

Diriger un pays, c'est être motivé par des idées, pas par l'appât du gain comme nos anciens dirigeants. Aujourd'hui, j'ai abordé les récentes tueries commises par des militaires contre des manifestants. Je les ai évidemment condamnées.

Chaque vendredi depuis le 6 avril, on se presse pour écouter le prêche de l'imam Mohamed Djamie Mohamed, arrêté plusieurs fois sous l'ancien régime. Le dignitaire y porte la parole de la révolution.
18-05-2019 - Par RFI

Côté militaire, ce n'est pas un bloc non plus. L'homme clé de la junte, c'est évidemment le chef des quelques 13 000 paramilitaires de la fameuse Force de soutien rapide qui patrouillent dans Khartoum, le général surnommé « Hemidti ». Mais le « Conseil militaire de transition », c'est aussi les chefs de l'armée régulière, qui doivent composer avec des soldats et des officiers plutôt favorables aux révolutionnaires.

Plus discrètement, on retrouve aussi des hommes clé du régime déchu, des services de renseignement, silencieux depuis des semaines, ainsi que pas mal d'intérêts industriels.

Les négociateurs, devraient donc non seulement composer avec leurs divergences respectives, mais aussi avec des équilibres internes très complexes.

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