RDC: un rapport de l’ONG Sentry met en cause la gestion du clan Kabila

L’ONG Sentry indique que quelque 140 millions de dollars pourraient ainsi avoir bénéficié au premier cercle de l'ancien chef d'État congolais. (Photo d'illustration)
© AFP Photo/Ali al-Saadi

L’ONG Sentry, portée par l'acteur américain et activiste George Clooney, a enquêté sur Kwanza Capital, une société d'investissement montée par des proches de l'ancien président Kabila en juin 2014 et qui est cinq ans plus tard en liquidation. Cette société a pris des parts dans des banques commerciales au Congo et a obtenu de nombreux avantages, des prêts, sans pour autant être soumise à un véritable contrôle. Sentry indique que quelque 140 millions de dollars pourraient ainsi avoir bénéficié au premier cercle de l'ancien chef d'État.

Pour l'ONG Sentry, Kwanza Capital était le faux-nez de la famille Kabila. Cette société d'investissement a été officiellement créée par Pascal Kinduelo, un vétéran du système bancaire congolais, très proche de l'ancien président.

Mais dans les faits, ce serait bien Francis Selemani Mtwale, l'un des frères de Joseph Kabila, qui aurait dirigé cette société d'investissement. On est à deux ans de la fin du deuxième mandat constitutionnel de Joseph Kabila et l'une des priorités de cette société est de prendre des parts dans le système bancaire congolais.

Francis Selemani Mtwale a longtemps été manager d'une banque controversée, la BGFI. Kwanza Capital va essayer d'obtenir des parts dans deux autres établissements bancaires, la BCDC et la BIAC.

L'un des points qui, selon Sentry, aurait dû immédiatement alerter ces banques commerciales et plus encore la Banque centrale et autres institutions chargées du contrôle, c'est que les personnalités impliquées dans Kwanza Capital, comme Kinduelo ou Mtwale, se retrouvaient juges et parties.

Kwanza Capital obtenait des prêts dans des banques où les deux hommes avaient une position d'autorité.  Cette entreprise a également accordé des prêts à des sociétés d'État en difficulté comme la SCPT, la poste congolaise, sans doute pour couvrir d'autres malversations, estime Sentry. Parmi les autres éléments qui auraient dû alerter, notamment la Banque centrale, d'importants retraits en liquide ou transferts sur des comptes privés.

Parmi les recommandations de l'ONG Sentry, il faut dépolitiser la Banque centrale, que les banques commerciales fassent de véritables contrôles, renforcer les capacités de contrôle de l'État et faire des audits dans les sociétés d'État pour lesquelles il y a des suspicions de détournements.


Un « scandale international »

« Ce n'est pas qu'une histoire congolaise, analyse John Dell'Osso, le rédacteur de ce rapport. Mais cette affaire a servi les intérêts de sociétés basées sur trois autres continents. L'un des premiers partenaires étrangers de Kwanza Capital est une société suisse très controversée appelée Quantum Global. Son PDG s'appelle Jean-Claude Bastos, qui a géré l'essentiel des 5 milliards du fonds souverain angolais. Quantum Global a prêté 70 à 80 millions de dollars à Kwanza Capital pour prendre des parts dans la banque BCDC. C'est à souligner. La société qui s'est occupée des aspects juridiques de ce deal, c'est le bureau français d'un cabinet d'avocats américains, appelé Orrick Rambaud Martel. L'un des individus qui étaient directement impliqués dans ces négociations, c'est aussi un conseiller de la société Gécamines, il a travaillé sur le projet hydroélectrique Inga 3 et sur beaucoup d'autres dossiers sensibles. Et puis, il y a une société chinoise qui était directement impliquée dans le volet qui concernait la BIAC, en difficulté depuis 2016. Donc, c'est vraiment un scandale international. Et ce n'est pas seulement une affaire qui a mené au Congo par des Congolais. »

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