Grève générale au Soudan: «On utilise enfin nos droits»

Des manifestants soudanais au premier jour d'une grève générale de 48 heures à Khartoum, le 28 mai 2019.
© REUTERS/Mohamed Nureldin Abdallah

Le Soudan entamait ce mardi 28 mai deux jours de grève générale à l'appel de la coalition civile, en pointe de la révolte populaire, qui a entraîné la chute du président Omar el-Béchir. Objectif : forcer la main des putschistes pour qu’ils acceptent des concessions dans les négociations en cours.

De nombreux piquets de grève avaient été montés dans différents quartiers de la capitale. L'ambiance était bon enfant. Des salariés de banques, d'assurances, des employés de ministères et d'institutions étatiques sont descendus dans la rue pour réclamer un pouvoir civil. Beaucoup manifestaient pour la première fois. Sous la dictature, c'était impossible. Mais avec Omar el-Béchir en prison, les langues et les esprits se sont libérés.

La dernière fois que je me suis mise en grève, c’était en 1985, j’étais encore lycéenne. Mais maintenant je n’ai plus peur. Ce soulèvement nous a donné un espace de liberté qu’on avait perdu. On l’a obtenu grâce au sang versé par les martyrs de la révolution. Mais si on veut obtenir la paix et la justice, on doit continuer à faire pression sur les soldats. Et je pense que la grève va les faire plier.

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Cette journée de grève a évidemment entraîné des perturbations. De nombreux vols ont ainsi été annulés. Et selon plusieurs sources, la milice du général Hemeti a brièvement arrêté des employés de la compagnie d'électricité. Le numéro deux de la junte avait menacé ces salariés de licenciement. Mais cela n'a pas empêché les Soudanais de suivre le mot d'ordre. Beaucoup disent qu'ils n'ont désormais plus peur.

« On a beaucoup parlé, créé des comités et des groupes WhatsApp, imprimé des papiers, raconte Salah Rashid, employé à la Banque de Khartoum, le premier établissement financier du pays, qui a débrayé dès minuit. Les banques en grève, ça va paralyser 90% des mouvements financiers. Et sur le long terme, ça va devenir un outil pour faire pression sur tous ceux qui ne respectent pas les demandes du peuple. » « Je suis très fière. On utilise enfin nos droits pour contraindre les militaires. Personne n’a peur et personne ne peut nous licencier. On défend simplement nos libertés », s'est ainsi réjouie Dora Mohamad Raqma, employée dans la même banque.

Les 110 succursales de l’entreprise vivent la même situation. Du jamais vu, selon Ayman Salahiddine : « Même si on perd notre travail, ce n’est pas grave, c’est notre tour. On représente tous la révolution aujourd’hui et c’est un moment historique. On n’est plus des enfants. On a grandi. On est comme les doigts d’une main et on fait ce qu’on veut ».

Cette grève générale est destinée à mettre la pression sur les putschistes qui refusent de transférer le pouvoir aux civils plus de six semaines après l'éviction d'Omar el-Béchir.

La troïka États-Unis-Royaume-Uni-Norvège a demandé ce mardi à la junte de lâcher le pouvoir. « Il faut mettre fin à cette période instable. L'absence de gouvernement civil rendra plus difficile la coopération entre nos pays », a menacé l'organisation.

Les putschistes céderont-ils ? Selon les civils de l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), les soldats exigent les deux tiers des postes au Conseil souverain, ce qui n’est pas acceptable pour les civils. Le général Hemeti, lui, a déclaré être prêt à rendre le pouvoir, mais que l’opposition n’était pas sérieuse et voulait confiner les soldats dans un rôle purement symbolique.

Le dialogue est pour l'heure suspendu entre les deux camps. Depuis un mois, l’ancien chef de la diplomatie mauritanienne, Hacen Ould Lebatt, réalise une médiation pour le compte de l’Union africaine. Il appelle les deux parties à revenir à la table des négociations.

Ce que nous demandons, c'est que les négociations puissent se réengager dans un climat pacifié et qu'elles préservent le climat de paix favorable aux négociations et aux discussions.

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29-05-2019 - Par Sébastien Nemeth
Manifestation des employés de la Banque de Khartoum, le 28 mai 2019. © RFI / Sébastien Németh

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