Crise au Soudan: les négociations avancent, la rue maintient la pression

Des Soudanais manifestent dans les rues de Khartoum lors de la deuxième journée de grève générale le 30 mai 2019.
© REUTERS/Mohamed Nureldin Abdallah

Le Soudan attend toujours un accord. Civils et militaires négocient depuis des semaines le partage du pouvoir dans les organes de transition. Les deux camps tiennent des négociations laborieuses concernant le partage du pouvoir dans ce qu’on appelle le Conseil souverain, l’organe qui doit superviser la transition. Après quarante-huit heures de grève nationale et la poursuite des contacts entre les parties, un accord semble désormais possible. En attendant, la rue continue de mettre la pression sur la junte. À l’appel de l’ALC, l’organe civil en pointe de la contestation, une série de manifestations a été organisée hier soir à Khartoum.

Toutes les branches de l’Alliance pour la liberté et le changement étaient en conciliabule jeudi 30 mai au soir. Partis et institutions de la coalition civile planchent sur la dernière proposition des militaires. Rashid Saeed, l’un des porte-parole explique que les putschistes ont accepté une présidence tournante d’un an et demi et un partage équitable des postes, avec cinq membres pour chaque camp. Mais l’ALC est un ensemble hétéroclite. Chaque décision nécessite donc des tractations.

« Les avis divergent. On donnera une réponse dans les 24 heures », a promis Ayman Khalid, lui aussi membre de l’ALC. L’organisation civile est divisée entre ceux favorables à un partage du pouvoir avec les militaires, et les partisans d’une ligne dure refusant toute présence d’un officier.

Un consensus pourrait bientôt se dégager

C’est le cas des National Consensus Forces, qui comprennent notamment Umma, le principal mouvement d’opposition et les communistes. « C’est compréhensible. On sort d’une dictature militaire qui a duré trente ans. Et il y a deux semaines les putschistes ont tiré sur la foule », explique Ayman Khalid, qui, lui, serait prêt à accepter une présidence tournante si les civils obtiennent la majorité des sièges au Conseil.

Rasheed Saïd espère qu’un consensus va rapidement se dégager et que les irréductibles accepteront en émettant des réserves. « Il faut être pragmatique », estime le porte-parole.

En attendant, la rue a décidé de maintenir la pression sur la junte en poursuivant les manifestations. Dans le quartier de Shambat à Karthoum, des dizaines de manifestants crient les slogans de la révolution au bord de la route. Les klaxons des automobilistes leur répondent. L’homme d’affaires Khojani Nour Ahmed  s’est beaucoup impliqué dans l’organisation, lui dont le frère Babicir a été tué par le régime en 2013. « Il protestait contre la vie chère. Les renseignements lui ont tiré une balle dans la tête, explique-t-il. Chaque fois que je manifeste, je pense à lui. Au nom de nos martyrs, il faut qu’on maintienne la pression sur les militaires qui trahissent leur propre peuple ».

Plusieurs manifestations dans la soirée

Plusieurs manifestations sont parties dans la soirée de divers quartier pour converger vers le sit-in, le centre névralgique de la révolte, dans le centre-ville. Cette action suit quarante-huit heures de grève générale. Pour Moataz Taoufik, la multiplication des actions fera plier les militaires. « La population est toujours mobilisée. Il faut continuer, assène-t-il. Chaque action affaiblit les putschistes. Ils ne savent pas ce qu’ils font alors que nous, nos objectifs sont clairs. Mais ils vont tout faire pour garder du pouvoir. L’avenir est donc incertain. »

Civils et militaires discutent du partage des 10 postes qui composeront le Conseil souverain, l’organe qui dirigera la transition et qui sera donc le cœur du pouvoir. Ahmad Osman Mohamed Saïd, employé d’un fabriquant de cigarettes, n’est pas contre un partage avec les soldats. « Il nous faut les deux tiers des postes. Les militaires peuvent gérer la défense ou l’intérieur. Mais le reste c’est pour les civils », affirme-t-il.

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