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Soudan

Soudan: les opérations militaires contre les civils se multiplient à Khartoum

Soudan: des manifestants devant la Bank of Khartoum, dans la capitale soudanaise, en ce premier jour de grève générale, le 28 mai 2019.
© ASHRAF SHAZLY/AFP

Les incidents violents se multiplient, ces derniers jours, à Khartoum. Trois fusillades ont éclaté cette semaine dans le même quartier faisant au moins trois morts et plusieurs dizaines de blessés. Des violences alors que les putschistes et les civils n’ont toujours pas trouvé d’accord concernant le partage du pouvoir durant la période de transition post-Omar el-Béchir.

Hier encore, samedi, les militaires ont attaqué les civils sur Nile Street. Les soldats sont arrivés en force, lourdement armés, à bord de dizaines de véhicules. Selon plusieurs témoins, ils n’ont pas expliqué les raisons de leur opération et auraient tout de suite tiré.

Cela s’est passé sur un secteur précis appelé Colombia, autour d’un pont, où on trouve de la drogue, de l’alcool et de la délinquance… On ne sait pas si les soldats étaient venus pour « nettoyer » le site. En tout cas, après les premiers tirs, les civils ont fui.

Ceux que les militaires attrapaient étaient frappés à coups de bâtons ou de pieds. Les blessés se sont fait transporter en civière vers un hôpital de campagne tout proche et ouvert spécialement pendant la révolution…

Quand les soldats sont repartis rejoindre leurs pick-ups, les protestataires sont revenus et ont manifesté pacifiquement autour des véhicules de l’armée qui a tiré à nouveau. Cette séquence s’est répétée plusieurs fois dans l’après-midi de samedi.

Opérations menées par une milice paramilitaire

Ces opérations sont menées par les Forces de soutien rapide (FSR). Il s’agit d’une milice paramilitaire intégrée à l’armée. Elle compterait plusieurs dizaines de milliers d’hommes. On parle de 40 000.

Les FSR sont formées par un agrégat de gardes-frontières, de groupes armés divers, notamment les Janjawid qui ont commis de multiples crimes dans la région du Darfour.

A leur création, en 2013, les FSR avaient justement reçu le mandat d’éliminer les rebelles du Darfour. Elles ont mené des opérations de contre-insurrection en 2014 et 2015 et perpétrant des massacres, viols, pillages et destructions.

A la tête de cette force, on trouve Mohammed Hamdan Dagalo, aussi surnommé Hemetti. C’est un ancien officier des frontières, qui a fait partie des Janjawid et qui est aujourd’hui le numéro 2 de la junte au pouvoir.

Tournant de la révolte

Au début de la révolte, Hemetti et ses hommes ont participé à la répression. Puis l’officier s’est rebellé contre le président Béchir et a finalement refusé de continuer à attaquer la population, ce qui a été présenté comme un tournant de la révolte.

Aujourd’hui, les FSR ont la mainmise sur la sécurité de Khartoum. Ce sont les forces les plus visibles, les plus nombreuses en ville et les mieux armées. Mi-mai, elles ont été accusées d’avoir tiré sur les civils du sit-in, le cœur de la révolution dans la capitale, faisant plusieurs morts.

Hemetti avait alors déclaré que ses forces ne participeraient plus à la sécurisation du lieu. Cependant et aujourd’hui encore, ce sont bien ses hommes que l’on trouve partout autour du sit-in ou bien près des bâtiments officiels et stratégiques.

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