Republier
Soudan

Soudan: comment expliquer une telle violence de l’armée?

Khartoum, le 3 juin 2019.
© REUTERS/Stringer

Au Soudan, l'Association des professionnels soudanais annonce qu'elle rompt toutes négociations avec les militaires, après la violente répression de lundi. Selon un comité de médecins proche du mouvement, au moins 35 personnes ont été tuées quand l'armée et la milice des Forces de soutien rapide (RSF) ont tenté de déloger les manifestants qui campaient devant le siège de l'armée depuis près de deux mois. Comment expliquer une telle violence ?

D’abord, cet assaut contre le sit-in était pressenti. Les putschistes avaient attaqué à trois reprises, la semaine dernière, une autre zone baptisée Colombia. Ils avaient ensuite qualifié le sit-in de « danger pour le Soudan » à cause d’éléments incontrôlés.

Depuis, les manifestants pensaient qu’une opération violente des militaires était possible à tout moment.

Ensuite, ceux qui ont mené cette opération sont connus pour leur brutalité. Ce sont surtout les Forces de soutien rapide, les FSR, une milice paramilitaire avec à sa tête Hemetti, le numéro 2 de la junte, un groupe de plusieurs milliers d’hommes tristement célèbres pour de graves crimes commis au Darfour.

Par ailleurs, depuis la chute d’Omar el-Béchir début avril, putschistes et civils négociaient le partage du pouvoir durant la période de transition. Ces derniers jours, les discussions étaient suspendues, mais les contacts étaient maintenus.

Les deux parties discutaient surtout du partage des postes dans le Conseil souverain, l’organe qui doit gérer la transition jusqu’aux élections et devenir le cœur du pouvoir.

Les civils refusaient de laisser le contrôle de cette institution aux militaires. Écraser le sit-in, c’est peut-être un acte pour faire échouer ce dialogue. D’ailleurs l’Association des professionnels a annoncé la rupture totale des négociations.

Enfin, ce sit-in était installé devant le quartier général de l’armée depuis huit semaines. C’était quelque part un défi, pacifique, symbolique, lancé à l’armée. Les militaires ont peut-être voulu montrer à quel point ils étaient prêts à garder le pouvoir coûte que coûte.

Sur les réseaux sociaux, les vidéos publiées au cours de la journée d'hier témoignent de la violence meurtrière qui s'est abattue sur Khartoum...

La violence de la répression militaire à Khartoum
04-06-2019 - Par RFI

Témoignages

« Le Conseil militaire porte entièrement la responsabilité de ce qui s'est passé ce lundi devant le complexe militaire, raconte Khaled Omar Youssof, un dirigeant de l'Association des professionnels soudanais. Ce Conseil militaire, en tentant de défaire le rassemblement, fait clairement un coup d'État contre la révolution. Il s'est mis en opposition face au peuple soudanais.  Il est passé de la case du soutien à la révolution à la case de la trahison. Il essaie de nous la voler notre révolution.

Le peuple soudanais est actuellement dans la rue pour protester contre ce coup d'État. Je suis en mesure d'affirmer que c'est le peuple qui sortira gagnant et que ce Conseil militaire tombera, comme est tombé el-Béchir et les deux précédents chefs du Conseil militaire. Nous avons annoncé la désobéissance civile. Nous utilisons nos moyens pacifiques, notre union et notre détermination pour déconstruire ce Conseil. Nous allons continuer la révolution de notre peuple. »

« Avec ce qui s'est passé, la donne a complètement changé au Soudan. Désormais, le seul moyen d'empêcher l'effondrement du pays est de transmettre le pouvoir à un gouvernement civil, sans plus attendre, analyse Yasser Arman, l'un des dirigeants des forces de la liberté et de changement, la coalition qui dirige les protestations dans le pays. Le chemin que le Conseil militaire a choisi de prendre pourrait mener à des polarisations politiques, mais aussi ethniques. Ce qui pourrait conduire à des divisions profondes au sein des forces sécuritaires.

Pour cela, il faut que le Conseil militaire choisisse la bonne direction. Car la répression de ce lundi est injuste, dramatique, et ne mènera nulle part. Nous voulons que ce pays avance sur le chemin de la démocratie et de la stabilité. Nous cherchons à installer un nouvel ordre.

Il n’y aura plus de négociations avec le Conseil militaire, parce qu'il s'est retourné contre la révolution. Nous demandons par contre à ce Conseil, aux pays de la région et à la communauté internationale, de prendre une position claire qui consiste à donner le pourvoir à un gouvernement civil qui représente les forces de la révolution. »

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.