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Soudan

Soudan: les contestataires déterminés à continuer malgré la répression

Les rues de Khartoum sont restées presque vides, mardi 4 juin, au lendemain de la répression sanglante d'un «sit-in» de manifestants.
© REUTERS/Stringer

Après la répression violente contre les manifestants lundi, le Conseil militaire de transition a annoncé mardi 4 juin la fin de toutes les discussions et la tenue d’élections dans neuf mois. L’opposition affirme, de son côté, qu’elle va continuer la contestation.

Pour l’opposition, pas question d’arrêter la contestation. Dans un communiqué rendu public mardi soir, l’Association des professionnels soudanais (APS) appelle à poursuivre la mobilisation en insistant sur sa nature pacifique. La promesse d’élection dans neuf mois est « un leurre », affirme un porte-parole de l’APS, afin de gagner du temps et d'apaiser la communauté internationale. Le principal organisateur des manifestations appelle à une grève générale dans les prochains jours et la désobéissance civile.

Le seul moyen dont on dispose aujourd'hui, c'est la pression de la rue, la grève générale et la désobéissance civile pour un pouvoir civil à 100%.

Rasheed Saeed, porte-parole de l'Association des professionnels soudanais (APS)
05-06-2019 - Par Gaëlle Laleix

Même son de cloche du côté des partis politiques. Pour le Parti communiste soudanais, le Conseil militaire est devenu une dictature à combattre. Il insiste sur la nécessité d’une grève générale. La tenue d’élections n’est de toute façon pas possible, ajoute le Parti du Congrès soudanais, le climat n’est pas propice. Seul le principal parti d’opposition, le parti Umma, ne s’est pas exprimé sur la poursuite de la contestation. Le mouvement s’était déjà distancé d’une première grève générale il y a dix jours, préférant le dialogue avec le Conseil militaire.

La confrontation avec les militaires semble désormais inévitable, explique un observateur. L’opposition n’a plus le choix. Si elle veut obtenir un gouvernement civil, il ne lui reste plus comme arme que la pression de la rue.

« Plus ils essaieront de nous briser, plus on sera unis et déterminés »

Après la répression sanglante de la veille, les rues de Khartoum sont restées quasiment désertes mardi. Pour l'heure, la population est sous le choc et la présence des militaires dans la ville brise toute envie de résistance.

La population soudanaise est abasourdie, assommée, écœurée.

Alice Franck, maître de conférence à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste du Soudan
05-06-2019 - Par Houda Ibrahim

Mais les contestataires gardent espoir. Soigné dans un hôpital de Khartoum, Mahmoud Abdallah a le bras en écharpe et des traces de coups. Il a vu certains de ses amis mourir. Pourtant, l’étudiant de 25 ans ne perd pas espoir. Au contraire. « La révolution vient juste d’être lancée. Ce qui s’est passé depuis deux mois n’était rien. C’est maintenant que la révolte commence. Ils nous ont donné plus de volonté pour repartir à zéro », assure-t-il.

Le bain de sang du sit-in de lundi a détruit un symbole mondialement connu de la révolution. Il a aussi mis un coup d’arrêt à l’élan populaire qui avait fait chuter Omar el-Béchir. Pour autant, selon Mohamed Ibrahim Ahmed, blessé à la tête et à la main, le mouvement reprendra tôt ou tard. « Le sit-in donnait de la puissance à la révolution. Donc, c’était une menace pour eux. Ils cherchent à nous affaiblir et nous décourager, analyse-t-il. Mais ça va nous renforcer. Pour l’instant, on doit se soigner puis se réorganiser. En tout cas, plus ils essaieront de nous briser, plus on sera unis et déterminés. »

Les communications ont en partie été coupées. Difficile pour l’instant de relancer le mouvement. Soha Mafi, manifestante de la première heure, attend un signal de l’Alliance pour la liberté et le changement, l’organisation à la tête de la révolution. « La révolution est toujours là. Mais les gens ne savent pas quoi faire. Internet est coupé, on est désorganisés. J’attends que quelqu’un montre la voie, car les gens sont prêts à retourner manifester. On n’a plus rien à perdre. Nous n’avons plus peur », témoigne-t-elle.

Le Conseil de sécurité se réunit en urgence

Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni à huis clos mardi. « Nous avons besoin d'un retour à la table des négociations de toute urgence », a déclaré Christoph Heusgen, l'ambassadeur allemand auprès des Nations unies, avant la réunion demandée par son pays et le Royaume-Uni. « La légitimité ne peut provenir d'un canon de fusil », a-t-il insisté, après la répression sanglante de lundi qui a fait au moins 40 morts.

Washington, Londres et Oslo ont également dénoncé l'appel des militaires à des élections dans neuf mois. « Le peuple soudanais mérite une transition dans le calme, menée par des civils, qui puisse établir les conditions pour des élections libres et justes, plutôt que d'avoir des élections hâtives imposées » par le Conseil militaire de transition au pouvoir, ont-ils estimé dans un communiqué commun.

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